Les opportunités d’emploi fractionné à distance se multiplient, offrant aux professionnels la possibilité de s’affranchir de la course traditionnelle au travail, d’occuper plusieurs postes, d’être leur propre patron et d’éviter la nature transactionnelle du travail à temps plein. Mais comment débuter dans ce nouvel univers du travail fractionné, et que faire si cela ne fonctionne pas ?
Michael Gold, expert en gestion de projet fractionnée et fondateur de The Fractional Hub, analyse la tendance grandissante des rôles fractionnés en gestion de projet. Il partage des perspectives sur la manière dont ce modèle pourrait devenir aussi courant que, voire remplacer, les postes traditionnels à temps plein à l’avenir, vous aidant ainsi à prendre une décision éclairée sur la pertinence de cette voie pour vous.
Points clés de l’entretien
- Comprendre le travail fractionné en gestion de projet [02:27]
- Le travail fractionné, autrefois réservé principalement aux rôles exécutifs (comme les directeurs financiers ou marketing), gagne désormais du terrain dans la gestion de projet.
- Le terme « fractionné » sous-entend souvent un engagement stratégique de niveau direction, et ne se limite pas à du temps partiel ou à une activité freelance.
- On note une ambiguïté croissante autour du terme — certains parlent aujourd’hui de « freelance fractionné » pour désigner la gestion de multiples contrats à temps partiel avec différents clients.
- Les contrats traditionnels en gestion de projet étaient en général à plein temps, mais aujourd’hui les chefs de projet peuvent travailler à temps partiel pour plusieurs clients grâce au télétravail.
- Un chef de projet fractionné peut avoir un rôle très stratégique, piloter de grands programmes quelques jours par semaine, pendant que d’autres s’occupent des tâches au quotidien.
- Ce changement reflète des évolutions plus larges dans la flexibilité du travail et la collaboration à distance.
- Les chefs de projet fractionnés sont idéaux pour les entreprises qui n’ont pas les moyens ou le besoin d’une embauche à plein temps mais nécessitent tout de même une structuration et un accompagnement stratégique.
- Recruter un chef de projet fractionné permet de mettre en place une structure avant de faire appel à des freelances ou à du renfort additionnel.
- Ce modèle permet une grande flexibilité : au lieu d’embaucher à plein temps ou de surcharger l’équipe, l’entreprise peut recruter à temps partiel pour des projets spécifiques.
- Le travail à distance permet des avancées quotidiennes auprès de plusieurs clients sans horaires figés.
- Les forfaits de jours fixes (par exemple, 8 jours/mois) servent surtout à la budgétisation ; la répartition réelle du travail est souple et adaptée aux besoins.
- Le modèle décourage la microgestion et valorise l’efficacité — l’accent est mis sur les résultats, non sur le nombre d’heures suivies.
- Il encourage la confiance psychologique, enlève la pression de devoir « avoir l’air occupé » et évite de pénaliser les meilleurs éléments avec une surcharge de travail.
- Les freelances restent essentiels, mais la distinction se fait croissante entre les freelances axés sur les tâches et les postes fractionnés à portée stratégique.
- Le travail fractionné permet aux professionnels de se définir et de se spécialiser dans une niche plutôt que d’être généralistes.
- L’augmentation de la productivité (notamment grâce à l’IA) réduit le besoin de postes généralistes à temps plein.
- Les entreprises peuvent désormais recruter plusieurs spécialistes à temps partiel plutôt qu’un seul généraliste à temps plein.
- La tendance évolue vers des carrières fractionnées en “portefeuille” fondées sur une expertise approfondie.
- Les généralistes continueront à exister, mais ils deviendront une niche en soi, répondant à des besoins organisationnels spécifiques.
- Le futur du travail : emploi fractionné vs. emploi à temps plein [14:56]
- La confiance envers l’emploi à temps plein longue durée décline, notamment face à la pression économique, à la disruption de l’IA et aux licenciements massifs.
- Le travail fractionné et freelance croît rapidement, avec des projections estimant que plus de la moitié de la main-d’œuvre américaine sera freelance d’ici 2027.
- Les postes à temps plein sont perçus de plus en plus comme des contrats freelance étendus, la durée moyenne d’un emploi se situant aujourd’hui autour de deux ans.
- Les carrières en portefeuille et les spécialisations de niche deviennent la norme grâce à une plus grande efficacité et à la technologie.
- Les jeunes générations préfèrent massivement le travail flexible et non traditionnel à l’emploi à plein temps classique.
- De grands cabinets comme EY, PWC ou Deloitte adoptent le fractionné, validant un changement durable.
- Le futur du travail devrait s’organiser autour de micro-entreprises et de cabinets de conseil fractionnés, plutôt que sur les modèles traditionnels d’emploi à grande échelle.
L’espérance de vie moyenne d’un salarié aujourd’hui est de deux ans. Cela signifie qu’au bout de 18 mois, vous cherchez déjà votre prochain poste. D’ici dix ans, on constatera qu’un emploi à temps plein n’est finalement qu’un contrat freelance prolongé. Nous avons déjà adopté cette mentalité où la sécurité n’est plus garantie.
Michael Gold
- Commencer avec le travail fractionné [19:28]
- L’éducation traditionnelle et les modèles de travail poussent les gens vers l’emploi à temps plein, rendant la transition vers le travail fractionné inhabituelle et perçue comme risquée.
- Michael s’est tourné progressivement vers le travail fractionné après une insatisfaction dans des postes à temps plein, débutant par du freelance à temps partiel puis découvrant finalement le modèle « fractionné ».
- Il insiste sur l’importance de mener des vérifications approfondies plutôt que de se précipiter sur les tendances, et considère le travail fractionné comme une porte d’entrée à faible barrière vers l’entrepreneuriat.
- Son réseau personnel, un matelas financier et l’apprentissage continu (ex : image de marque, formations) ont été essentiels à sa transition réussie.
- Son expérience, donnant la priorité à la productivité plus qu’à la présence, l’a convaincu d’adopter pleinement le modèle fractionné.
- Pour aider les autres, il a lancé le « Fractional Hub » — une communauté gratuite avec des offres payantes optionnelles — afin d’éduquer et accompagner les nouveaux venus dans le travail fractionné.
- La valeur du travail fractionné [26:22]
- Michael partage un exemple de soutien communautaire au sein de Fractional Hub.
- Un membre avait des difficultés avec un client ayant des compétences techniques limitées, ce qui entraînait des problèmes de périmètre et de tarification.
- Elle a demandé des conseils sur la façon de gérer la situation, car cela dépassait le cadre de l’accord initial.
- D’autres membres ont apporté leur aide, signalant les points d’alerte et proposant des choix pour soit se retirer, soit gérer les attentes du client.
- L’échange a mis en lumière l’importance d’un espace bienveillant et collaboratif pour traverser les défis liés aux clients.
- Défis et avantages du travail fractionné [28:47]
- Les entreprises en télétravail sont les mieux adaptées au travail fractionné grâce à leur flexibilité et à une livraison de valeur transparente.
- Les employeurs économisent en ne payant que les jours de travail nécessaires, tandis que les travailleurs fractionnés peuvent optimiser leurs gains.
- Les professionnels fractionnés acquièrent une expérience variée et restent agiles en travaillant avec différents outils et équipes.
- Les postes classiques à temps plein risquent l’immobilisme et la répétition de méthodes inefficaces.
- Les structures hybrides ou en présentiel compliquent la gestion de plusieurs clients et peuvent entrer en conflit avec la réglementation IR35 au Royaume-Uni.
- Le travail à distance permet une collaboration continue et sans friction auprès de multiples clients.
- Les rôles fractionnés stratégiques (par ex., documentation des processus) s’adaptent davantage à des interactions présentielle limitées.
- Télétravail et culture d’entreprise [33:22]
- S’appuyer sur les individus pour la transmission des connaissances est une erreur ; une documentation interne solide et un bon parcours d’intégration sont essentiels.
- Le savoir à long terme doit être régulièrement consigné et non dépendre de personnes susceptibles de quitter l’entreprise.
- Les outils d’IA facilitent déjà ce transfert de connaissances (ex. : prise de notes automatique et intégration avec Notion).
- La documentation alimentée par l’IA dépasse souvent la mémoire humaine en fiabilité et en cohérence.
- La culture d’entreprise ne dépend pas tant des avantages matériels que de la communication, de la prévention de l’épuisement professionnel et d’un environnement positif.
- Le télétravail ne détruit pas la culture — c’est une mauvaise mise en œuvre qui le fait ; les entreprises doivent accompagner intentionnellement les dynamiques à distance.
- Investir dans des retraites périodiques en présentiel renforce plus la culture que les avantages offerts en bureaux traditionnels.
- Michael revient sur l’idée qu’une communauté peut se construire en ligne, même sans interactions physiques.
- Il est possible de nouer des liens solides et de développer une culture collective sans se rencontrer en personne.
- Malgré le désir d’événements physiques, de nombreux membres de communautés en ligne ressentent une proximité et un lien fort grâce aux interactions virtuelles.
- La culture en ligne peut être aussi forte, voire plus, que celle d’un bureau où l’on vient uniquement pour être présent sans vraiment s’impliquer dans la culture.
- La semaine de cinq jours a été inventée par Henry Ford pour les ouvriers d’usine et n’est peut-être plus le modèle le plus productif aujourd’hui.
- Les expériences menées sur la semaine de quatre jours montrent des résultats positifs et prouvent que c’est une alternative possible.
- L’IA et les progrès technologiques rendent les travailleurs plus efficaces, remettant en cause la nécessité des structures de travail traditionnelles.
- Le rythme accéléré des évolutions pourrait rendre la semaine de cinq jours obsolète dans les prochaines années.
- Les carrières portefeuilles émergent déjà et continueront à se développer, même pour ceux en poste à temps plein.
- Le réseautage et l’approche portefeuille deviennent essentiels, même si l’on occupe actuellement un emploi à temps plein.
Ce n’est pas que le télétravail ne fonctionne pas ; c’est que vous n’avez pas fait l’effort pour qu’il fonctionne. Ce sont deux choses différentes.
Michael Gold
- Personal branding et gestion du temps [42:06]
- Gérer plusieurs clients a mené à l’épuisement, avec des difficultés à coordonner les horaires sur plusieurs agendas.
- Pour les chefs de projet, le timeboxing et la définition de limites claires de disponibilité permettent d’éviter les conflits d’agenda.
- Les freelances doivent éviter d’accepter trop de missions par panique, car cela peut conduire à une surcharge de travail et à l’épuisement.
- Malgré la pression extérieure et les conditions du marché, il est important de préserver un équilibre et d’éviter de se surengager.
- Le personal branding est essentiel, même si cela peut sembler inconfortable.
- Michael n’a pas utilisé son CV depuis plus de 14 mois, s’appuyant sur son profil LinkedIn pour décrocher des opportunités professionnelles.
- Les entreprises le contactent souvent directement après avoir vu son profil, son expérience et ses publications.
- Le processus de recrutement est souvent informel, avec des décisions rapides basées sur sa présence en ligne plutôt que sur des vérifications de références traditionnelles.
- Le personal branding permet de contourner le processus saturé des recruteurs et d’obtenir des opportunités d’embauche directes.
- La création de marque peut sembler inconfortable, mais la régularité est la clé pour construire sa présence.
- Toutes les publications n’ont pas le même succès ; l’engagement varie énormément.
- Beaucoup d’impressions ou d’engagements ne se traduisent pas toujours directement en bénéfices de carrière.
- Une publication avec peu d’engagement peut tout de même aboutir à des opportunités inattendues (ex. : offres d’emploi).
- Il faut se concentrer sur la régularité des publications plutôt que d’analyser exagérément les statistiques.
- La visibilité est importante, mais l’impact précis d’un post individuel est difficile à mesurer.
- Un networking efficace s’inscrit sur le long terme, impliquant de multiples points de contact (ex. : posts, likes, commentaires).
- Des gens peuvent vous suivre pendant des mois sans interagir, mais remarquent tout de même votre présence.
- Se montrer régulièrement augmente les chances de créer des connexions et de provoquer des opportunités.
- Le networking ne nécessite pas de tactiques sophistiquées, seulement une visibilité et une implication continues.
- La réussite dans le networking repose souvent sur la régularité, pas sur des résultats immédiats.
Rencontrez notre invité
Michael Gold est chef de projet fractionné et fondateur de The Fractional Hub, une plateforme dédiée à l’accompagnement des professionnels pour construire des carrières flexibles à fort impact grâce au travail fractionné. Avec plus d’une décennie d’expérience en gestion de projets dans des agences créatives et des cabinets de conseil, Michael s’est tourné vers le travail fractionné en 2024 afin d’aligner sa carrière avec une quête de flexibilité et d’impact significatif. Chez The Fractional Hub, il propose des ressources, des formations et une communauté solidaire pour aider les autres à naviguer sur ce chemin. Michael dirige également Gold Project Management, où il met son expertise à profit pour rationaliser les opérations et améliorer l’efficacité des clients.

Pour les chefs de projet, en particulier les freelances fractionnés, si vous vous concentrez sur l’aspect stratégique, vous pourrez peut-être limiter dans le temps votre travail et faire coïncider votre disponibilité avec les moments où le client a besoin d’un appel. C’est l’un des aspects les plus difficiles à gérer.
Michael Gold
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Lisez la transcription :
Nous essayons de transcrire nos podcasts à l'aide d'un programme logiciel. Veuillez excuser toute faute de frappe car le bot n'est pas exact à 100 % du temps.
Galen Low : Vous avez été formé à la course effrénée toute votre vie, et pourtant, dès que vous avez commencé, on vous a dit que le but est d'essayer d'en sortir. Le moment est peut-être venu. Les opportunités de travail à distance fractionné émergent partout aujourd'hui. Les chaînes du salariat exclusif se desserrent. Vous pourriez avoir plusieurs employeurs, être votre propre patron, et laisser derrière vous les avantages insignifiants et la méfiance transactionnelle inhérente à votre productivité.
Mais par où commencer ? Personne ne vous a appris à vous lancer seul. Et si cela ne fonctionne pas ? Si vous envisagez le travail en gestion de projet fractionnée, que ce soit en tant que praticien ou employeur, restez à l'écoute. Nous allons entendre quelqu'un qui l'a vécu et voir comment vous pouvez prendre la bonne décision pour vous.
Bonjour à tous, merci de nous écouter. Je m'appelle Galen Low et je fais partie de The Digital Project Manager. Nous sommes une communauté de professionnels du numérique en mission pour s'entraider à acquérir des compétences, gagner en confiance et tisser des liens, afin d’amplifier la valeur de la gestion de projet dans un monde numérique. Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous sur thedpm.com/membership. Et si ces conversations orientées vers l’avenir et des conseils pratiques de leadership de projet digital vous intéressent, abonnez-vous pour recevoir nos épisodes hebdomadaires.
Aujourd'hui, nous parlons des rôles de gestionnaire de projet fractionné et de la possibilité que ce modèle fractionné devienne aussi courant, ou même remplace, les opportunités à temps plein dans un avenir proche. Mon invité est Michael Gold, leader d'opinion sur la gestion de projet fractionnée et fondateur de The Fractional Hub, une communauté pour les professionnels fractionnés.
Michael, merci d'être avec moi aujourd'hui.
Michael Gold : Oui, merci beaucoup pour l’invitation. Je dis ça à quelques personnes. J'ai déjà été invité sur ce podcast dont je t'ai parlé.
Je n’arrive pas à me faire à l’idée d’un monologue face à face, ce type d’exercice. Cette peur au début, tu l’as bien géré. C'est un véritable exercice de style, bravo à toi.
Galen Low : Merci, merci beaucoup. Félicitations à toi également. Nous parlions dans les coulisses. Tu viens de lancer une version plus premium de The Fractional Hub. Tu as veillé tard pour organiser ce lancement. Beaucoup de mes auditeurs peuvent s’identifier à cela, mais bravo pour avoir mené ce lancement à terme.
Michael Gold : Merci beaucoup. Je m’excuse d’avance, si vos auditeurs ne s’en rendent pas compte, ils ne m’ont jamais rencontré, mais j’ai veillé jusqu’à 3 h du matin et je le ressens vraiment.
Je vais m’accrocher et essayer d’être cohérent.
Galen Low : Pas de souci. Cela va te rendre très humain vis-à-vis du public.
Comme je te disais aussi, la notion du travail fractionné n’est pas forcément nouvelle, mais elle revient beaucoup dans mes discussions dans le contexte de la gestion de projet. Beaucoup de membres de ma communauté en parlent, posent des questions à ce sujet. Je me suis dit qu’on pourrait plonger dedans. Et j’ai une question à multiples facettes, parce que « fractionné » était auparavant un terme qu’on voyait surtout pour les cadres, non ?
Comme des CFO fractionnés, des CMO fractionnés, etc. Et maintenant, on le voit en gestion de projet aussi. Donc je te pose la question : que signifie le mot « fractionné » pour toi ? Et en quoi est-ce différent d’un contrat à temps partiel ou d’un travail indépendant, surtout dans le contexte de la gestion de projet ?
Michael Gold : Question intéressante. Et comme tu dis, tu connais le concept du fractionné dans un autre contexte comme le CTO. Je pense que tu es déjà bien avancé sur le sujet. Peut-être que ça fait cinq ans que cela se développe aux États-Unis, mais au Royaume-Uni, l’idée de CTO fractionné reste nouvelle pour beaucoup.
On est encore à la frontière, d’ailleurs le Fraction Hub n’est pas seulement pour les PM. Mais pour répondre à ta question, pour moi, dans la gestion de projet, « fractionné » évoque l’aspect direction, stratégique, qu’on retrouve aussi chez les PM. Que ce soit en intégrant un PMO, en venant résoudre des processus, créer de la valeur, ce n’est pas seulement une question d’heures facturées à gérer un projet. C’est plus nuancé que cela. Aujourd’hui, on voit fleurir plein de définitions du terme « fractionné ».
Je pense que le débat s’installe, et un nouveau terme surgit : « fractionné freelance ». Cela désigne des missions indépendantes, à la tâche, mais avec plusieurs contrats à temps partiel. Donc ce n’est pas obligatoirement stratégique, mais une manière de fractionner le temps que l’on ne pouvait pas faire avant.
En gestion de projet, que ce soit en CDI ou en freelance, 99 % des missions sont cinq jours par semaine sur trois mois pour finir un projet. Mais désormais, on voit un changement de paradigme, un PM peut travailler pour trois clients différents dans la semaine, deux à trois heures par jour grâce au télétravail.
Je travaille pour trois clients, chacun sur Teams différents. J’alterne entre les équipes, j’ai tous mes e-mails dans la même boîte. C’est presque comme un seul client élargi mais, en fait, ce sont trois clients dans des secteurs différents. Donc le vrai bouleversement, c’est cette montée du « fractionné freelance ».
Mais comme je disais, on peut rester PM stratégique, diriger un énorme projet de transformation tout en n’étant présent qu’un ou deux jours par semaine pendant que d’autres PM travaillent à plein temps. On n’a pas nécessairement besoin que le chef du programme ou du PMO soit là à temps plein.
Galen Low : Oui, et justement, c’est le point intéressant. Avant, dans le monde des cadres fractionnés, il s’agissait soit de personnes retraitées qui continuaient pour le plaisir ou par passion, soit d’organisations qui n’avaient pas besoin d’un CFO ou CMO à temps plein et préféraient confier les aspects stratégiques à une personne expérimentée et mobilisatrice. Mais ce n’est pas 40 h par semaine. Et cela arrange ces cadres, qui ne veulent pas forcément venir au bureau à 40 h/semaine. Cela s’est donc fait naturellement, et finalement, en gestion de projet, ça fait énormément sens, surtout dans les organismes qui commencent leur pratique de gestion de projet.
Ils disent : « Je ne peux pas engager un PM à plein temps car je n’ai pas assez de travail pour remplir 40 h aujourd’hui. Mais embaucher quelqu’un, c’est du stress, il faut lui trouver des projets en continu, etc. » On sait qu’il y a de vrais enjeux liés à l’art et la valeur de la gestion de projet, mais en réalité, on peut amorcer ce besoin bien plus tôt, et cela reste une personne stratégique ! J’aime le terme « fractionné freelance », car c’est là où je situe beaucoup d’indépendants. Certains font de la gestion de tâches en volume et multiplient les projets. D’autres pilotent des projets et sont aussi conseils, presque consultants. Pourtant, on applique le même mot. C’est une notion émergente fascinante.
Michael Gold : Et comme tu le dis, si une organisation n’a pas de quoi occuper un PM à 40 h/semaine, elle peut tout de même intégrer une ressource stratégique, qui mettra en place la structure d’accueil pour ensuite engager des freelances. Il n’est pas recommandé de prendre un freelance sauvage sans cadre établi. Bref, cela plaide pour la venue du chef de projet fractionné stratégique, qui structures la pratique, avant le recours à une équipe de freelances.
On se perd un peu, on rit des définitions, mais elles ont du sens. Et il ne s’agit pas que de petites structures ; il y a également la question du point de bascule : si vous avez déjà trois PM occupés et un projet de plus, que faites-vous ? Au lieu de le glisser à quelqu’un d’hyper chargé (ce qui fait baisser la productivité), ou de prendre un contrat à plein temps (cinq jours/semaine sur trois mois), désormais, vous pouvez faire appel à un renfort sur une journée/semaine. Et c’est plus simple avec le télétravail, car la dispersion n’est plus un problème. On ne dit pas « je ne bosse que le mardi », mais on répartit intelligemment la charge. Souvent, on vous réserve huit jours/mois, mais ces huit jours ne sont pas fixes. La flexibilité prime.
À la fin, ce qui compte, c’est : « Ai-je reçu la valeur attendue sur ces huit jours ? » Le client ne sait pas quand exactement ces heures sont effectuées, le micro-management n’a plus lieu d’être. On évalue la performance globale, pas le temps passé. D’où la réduction du stress et la focalisation sur la création de valeur.
Galen Low : J’apprécie cette logique : la vraie question, à la fin du mois, c’est « ai-je ressenti huit jours de valeur implicite apportée par Michael à l’organisation ? ». C’est rassurant pour le service achat, mais aussi pour vendre le concept en interne. Et ce modèle reste stratégique, il ne s’agit pas que de combler un manque, mais aussi de bâtir des fondations et de faire progresser la pratique, grâce à des experts pointus, engagés dans différents secteurs. C’est tout à fait autre chose que de simplement faire de « l’opérationnel » pour 2 ou 3 clients.
Michael Gold : C’est l’objectif. Les freelances existeront toujours et certains sont très qualifiés, mais ce qui fait la différence avec le modèle fractionné, c’est ce mixte entre tâches et stratégie. On catégorise mieux les missions. Ce n’est pas parce qu’on est senior qu’on va forcément exceller dans tous les domaines. Mais cela permet de spécialiser, d'adapter son offre, d’aller chercher LA niche. On n’a plus besoin du généraliste 5j/semaine mais de deux à trois spécialistes très ciblés. Chacun se valorise sur ses compétences spécifiques.
Les généralistes n’ont pas disparu, mais ils deviennent, eux aussi, une niche pour des organisations qui en ont réellement besoin. On est entré dans l’ère de l’ultra spécialisation.
Galen Low : Continuons sur ce sujet du futur : que nous réserve l'avenir ? Nous enregistrons en avril 2025, et il suffit de quelques minutes sur LinkedIn pour ressentir la perte de confiance envers l’emploi stable. Plus personne ne rêve de faire carrière entière chez un seul employeur. Avec la situation économique tendue, l’IA qui disrupte tout, les facteurs géopolitiques… Les entreprises doivent faire plus avec moins, recrutent moins en CDI. La gestion fractionnée n’est-elle qu’une solution temporaire, ou est-ce la voie de l’avenir ?
Michael Gold : J’ai pas mal analysé ce sujet, et d’ici 2027, on estime que 57% de la main-d’œuvre américaine (et le reste du monde suit) sera freelance d’une façon ou d’une autre. Cette bascule était déjà amorcée depuis des années. Un recruteur me disait récemment que la durée moyenne dans un poste salarié est passée de trois à deux ans. En clair, après 18 mois, on est déjà sur le départ. Aujourd’hui, l’emploi stable, c’est presque un contrat freelance long... On a déjà basculé. Rien ne laisse penser que la tendance va s’inverser : l’IA va accélérer ce mouvement, multiplier la spécialisation et la productivité, et en temps de crise, pourquoi maintenir un généraliste salarié à temps plein ?
Les grandes sociétés (EY, PWC, Deloitte) s’ouvrent au fractionné. D’ici 2030/2035, je pense que l’emploi à temps plein sera l’exception. Les jeunes générations n’en veulent plus. On peut trouver cela désinvolte, mais c’est dans l’air du temps. La technologie permet d’entreprendre à moindre coût, de monter une « micro-société » rentable sans viser la multinationale. Tout le monde peut devenir son propre EY à petite échelle ; il n’y a plus de barrière à l’entrée dans ce modèle.
Galen Low : J’aime cette idée de démocratisation, où chaque spécialiste peut devenir une référence. Revenons à la question, notamment pour ceux qui n’ont pas eu l’éducation tournée vers l’entrepreneuriat, qui n’ont pas fait d’école de commerce, ni de contrat béton, etc. Comment se lance-t-on ? Comment commencer, quel que soit son profil ? Quelles sont les compétences à développer et les ressources utiles pour s’engager dans une carrière fractionnée alors que tant de gens s’y lancent ?
Michael Gold : Excellente question. Beaucoup se lancent sans vraiment savoir où ils vont, par effet de mode, je déconseille. Il faut faire preuve de discernement. Pour ma part, j’ai toujours eu l’esprit entrepreneur, mais avec l’âge, la peur du risque a pris le dessus. Mon père était patron, j’aurais dû y venir plus tôt. Mais cette voie a été la plus accessible, l’investissement de départ est minime, c’est mon activité, je peux la dimensionner à volonté.
Ma trajectoire : j’ai commencé en digital nomade, en passant à un contrat trois jours/semaine, sans savoir ce qu’était le « fractionné freelance ». Je l’ai fait 20 mois, puis retour au Royaume-Uni, re-salariat temps plein... Rapidement, je n’en pouvais plus. Après une courte promotion, j’ai ressenti un énorme enfermement. J’ai quitté mon emploi une semaine après avoir acheté une maison ! Heureusement, j’avais un petit coussin financier et un bon réseau, j’ai démarré en freelance, puis j’ai découvert le terme « fractionné » après six mois.
J’ai cherché à me former, à développer ma marque personnelle, à suivre quelques cours, à comprendre comment ça marche. Puis j’ai commencé à poster sur LinkedIn, ce qui a entraîné beaucoup d’échanges, et j’ai réalisé que le besoin d’un espace d’entraide et d’éducation s’imposait — d’où la création du Fractional Hub (communauté gratuite, puis premium avec ateliers et accompagnement). Si vous hésitez encore, commencez par explorer, consulter les ressources gratuites, échangez avec d’autres, puis voyez où cela vous mène.
Galen Low : J’aime cette approche en mode « parcours », où chacun évolue à son rythme, sur fond de solidarité. Les outils, la formation continue, la diversité des expériences... la communauté peut rassembler tout cela, mutualiser les erreurs, les astuces, et accélérer la mise en adéquation avec ce nouveau modèle de travail. Je mettrai les liens en notes d'épisode !
Michael Gold : Oui, et aujourd’hui même, exemple concret : une membre avait un souci avec un client peu à l’aise avec la technologie, ce qui allongeait ses interventions et remettait en cause son tarif initial. En quelques échanges, la communauté l’a conseillée : comment réévaluer, redéfinir les limites, gérer la situation, etc. C’est cet appui collectif qui fait la force du groupe.
Galen Low : C’est précieux, surtout quand on exerce seul. Le fractionné peut être une aventure très solitaire. Le fait de se rassembler, ne serait-ce qu’en ligne, brise l’isolement, crée une cohésion — un antidote à la « pandémie de solitude » qui a suivi le Covid et le boom du télétravail.
Parlons de l’argumentaire commercial : du point de vue employeur comme du PM fractionné qui doit se vendre, quels sont les avantages et les inconvénients à connaître ?
Michael Gold : Pour moi, tout dépend si l’entreprise est remote-friendly ou non. Pour le 100% télétravail, je vois peu de points négatifs : vous êtes payé pour la valeur créée. Parfois, votre taux journalier est supérieur, mais vous faites économiser au client le coût d’un salarié à temps plein non nécessaire. En enchaînant les missions, vous accumulez une agilité et un savoir multiples, bien supérieurs à une expérience enfermée dans une seule entreprise.
Si, en revanche, le présentiel est la norme (surtout au Royaume-Uni avec l’IR35), ça complique l’organisation, car il devient difficile de gérer plusieurs clients sur la même journée. La flexibilité est moindre.
Pour des missions stratégiques, en revanche, il est plus facile de fonctionner en silo, sur de la documentation ou des process, même à distance.
Galen Low : Allons sur le terrain de la transmission du savoir et de la culture d'entreprise. Si l’on généralise la gestion fractionnée, quid de la mémoire collective et culturelle ? N’y a-t-il pas un risque de perte de repères, de « culture institutionnelle » si les équipes sont recomposées en permanence ?
Michael Gold : Bonne question. Selon moi, si vous comptez sur les personnes pour préserver votre patrimoine informationnel, vous avez déjà perdu. Il faut documenter les process, généraliser les onboarding, utiliser l’IA (qui enregistre déjà et résume les réunions, intègre les notes aux wikis d’entreprise, etc.), ce qui n’a rien à envier au « savoir humain » transmis de façon orale. Le vrai enjeu, c’est la structuration et la transmission numérique.
Quant à la culture, elle ne se résume pas à une pizza party ou une table de ping-pong. Aujourd’hui, la génération montante n’attache pas la même importance à ces symboles. La culture se crée dans un environnement épanouissant, qui respecte l’équilibre de chacun, la qualité des relations. Il existe mille façons d’entretenir la cohésion même à distance : investir dans une vraie rencontre annuelle, organiser des événements, etc. C’est différent, mais tout aussi efficace, sinon plus qu’un modèle bureau traditionnel.
Galen Low : C’est vrai, nous avons tendance à vouloir transposer à l’identique des pratiques issues d’un autre contexte (congrès virtuels qui copient les stands physiques, etc.). Or, la culture à distance est différente mais pas moins présente, à condition d’adopter de nouveaux réflexes et de collectivement y travailler.
Michael Gold : Tout à fait, on peut parfaitement créer une culture communautaire entièrement en ligne. Nos communautés en sont la preuve même sans contacts physiques, des liens forts se créent, de l’entraide naît.
Galen Low : C’est le moment d’ouvrir le champ des possibles et de s’affranchir de certains réflexes hérités du XXe siècle. Tout change très vite sous la pression du télétravail, de l’IA, des crises.... Même la notion de « connaissance institutionnelle » paraît aujourd’hui dépassée. Les piliers qui jadis semblaient immuables sont désormais en mutation complète.
Michael Gold : D’ailleurs, la semaine de cinq jours date de l’ère Ford et du travail en usine... Depuis, la productivité n’a fait que s’améliorer (et encore plus avec l’IA). Il est logique d’évoluer vers de nouveaux modèles, de sortir d'une logique obsolète. Notre génération est en pleine métamorphose, et il faut s’y préparer, même si on reste en CDI : aujourd’hui, 18 mois, c’est la durée de vie moyenne dans un poste !.
Galen Low : Pour conclure, quel conseil (ou piège à éviter) donnerais-tu à quelqu’un qui veut démarrer une carrière dans le fractionné, pour lui éviter d’apprendre à la dure ?
Michael Gold : Le plus grand défi, pour moi, a été la gestion du temps entre plusieurs clients. J’ai découvert l’outil « one cow » (il en existe d’autres) qui synchronise les agendas : réserver un créneau pour un client bloque instantanément les autres. Avant cela, c’était la panique, un vrai casse-tête, limite burn-out. C’est LE conseil pratique : maîtrisez rapidement la gestion de votre disponibilité !
Ne tombez pas non plus dans le piège d’accepter toutes les missions par anxiété. J’ai parfois cumulé neuf jours de travail par semaine, ce qui est insoutenable. Sachez dire non et respecter votre capacité réelle.
Enfin, développez votre personal branding. Cela remplace le CV : LinkedIn, échanges, posts — c’est ça qui fait la différence. Beaucoup de missions arrivent par la notoriété, et s’appuient plus sur la confiance façonnée en continu que sur une lettre de motivation.
Galen Low : De très bons conseils ! La gestion du temps et la communication sont cruciales — l'art de dire non, d'évaluer ses limites, la façon de gérer sa marque…
Michael Gold : Ne vous souciez pas des statistiques de posts, l’important c’est la régularité, la cohérence, l’authenticité. Les opportunités se créent parfois à partir d’un simple commentaire ou d’un post faiblement liké, ce qui compte c’est la visibilité dans la durée.
Galen Low : Merci beaucoup Michael pour ces éclairages et félicitations pour le lancement et le développement du Fractional Hub ! Où peut-on en savoir plus sur toi ?
Michael Gold : Le site est thefractionalhub.com. Sur LinkedIn, c’est LinkedIn/fractionalMichaelGold. Très simple.
Galen Low : Super. Je mettrai ça également dans les notes. Merci encore, et à très bientôt pour aller plus loin !
Michael Gold : Ce fut un plaisir. Merci à toi.
Galen Low : Voilà. Comme toujours, si vous souhaitez rejoindre une communauté de plus de mille chefs de projet passionnés, venez nous rejoindre ! Rendez-vous sur thedpm.com/membership. Et si cet épisode vous a plu, abonnez-vous et restez informé sur thedigitalprojectmanager.com. À bientôt et merci de votre écoute.
