À une époque marquée par une évolution technologique rapide, les chefs de projet se trouvent en première ligne, positionnés de manière unique pour exploiter ces changements afin de générer une valeur stratégique. L’essor de l’IA générative offre à la fois des défis et des opportunités.
Galen Low est rejoint par Jean Kang (fondatrice de Path To PM), Ordonna Sargeant (directrice de la gouvernance des données), et Mukhtar Kadiri (directeur de programme chez WorkTipsPro) pour explorer le paysage actuel et les axes d’évolution pour les chefs de projet.
Temps forts de l’entretien
- Jean sur l’IA en gestion de projet [00:29]
- Jean Kang, ancienne cheffe de programme chez Figma et coach de carrière, a lancé un cours sur l’utilisation de l’IA pour la gestion de projet sur LinkedIn Learning.
- Elle a reçu des retours s’interrogeant sur le choix de cibler spécifiquement la gestion de projet plutôt qu’une utilisation générale de l’IA.
- Jean trouve cette remarque pertinente et pense que l’IA va naturellement évoluer vers des cas d’usage spécifiques à chaque secteur.
- Ordonna sur l’IA et les données [01:20]
- Ordonna Sargeant, cheffe de projet digital dans une entreprise du Fortune 500, a récemment organisé un événement sur les données et l’IA.
- L’événement a mis en lumière les nombreux usages potentiels de l’IA générative, comme la surveillance des risques, une meilleure compréhension du client, et la personnalisation.
- Mukhtar sur les idées reçues en gestion de projet [02:57]
- Mukhtar Kadiri est intervenant et coach, aidant les personnes à obtenir des postes bien rémunérés en gestion de projet grâce à sa pratique de coaching, WorkTipsPro.
- Il intervient fréquemment dans des fils d’actualité, des podcasts et lors de conférences.
- Mukhtar pense qu’un mythe répandu est que l’IA va remplacer les emplois.
- Il insiste sur le fait que ceux qui ne sauront pas utiliser la technologie pourront être remplacés, et non les chefs de projet.
- Mukhtar est optimiste pour l’avenir, convaincu que la gestion de projet jouera un rôle clé dans l’intégration de l’IA à grande échelle.
Les personnes qui seront remplacées sont celles qui ne savent pas utiliser la technologie. La gestion de projet est là pour durer, et notre rôle sera de plus en plus essentiel pour accompagner l’intégration de cette technologie dans la vie courante.
Mukhtar Kadiri
- Défis actuels pour les chefs de projet [03:55]
- Jean Kang reconnaît les licenciements mais note qu’elle n’a pas vu beaucoup de chefs de projet concernés, ayant surtout observé des réductions dans les ventes, le recrutement et le marketing.
- Elle estime que la gestion de projet est essentielle et qu’elle est là pour durer.
- Chez Figma, la direction a privilégié le recrutement pour des postes à forte composante gestion de projets, appréciant ceux qui savent orchestrer, gérer des projets et collaborer avec les parties prenantes.
- Mukhtar partage l’avis de Jean : bien que certains chefs de projet aient été touchés par les licenciements, ils le sont moins que d’autres fonctions.
- Il constate que les RH, le recrutement, le service client et l’ingénierie logicielle ont été plus impactés par les suppressions de postes.
- La période actuelle est difficile même pour les ingénieurs logiciels, traditionnellement considérés comme stables.
- Mukhtar suggère que la perception des licenciements de chefs de projet pourrait être exagérée, mais les données ne montrent pas qu’ils sont touchés de façon disproportionnée.
- Ordonna Sargeant observe davantage de recrutements que de licenciements pour les postes en gestion de projets.
- Les entreprises recherchent des personnes dotées de compétences en gestion de projet, en particulier celles capables de diriger en autonomie et sans autorité hiérarchique directe.
- Les employeurs veulent des profils capables de mener des projets de bout en bout, selon différentes méthodologies (traditionnelle, hybride, agile).
- Ordonna recommande de rester connecté sur LinkedIn à celles et ceux qui publient des offres, car ils partagent souvent de futures opportunités.
- Elle partage l’avis du panel selon lequel les licenciements de chefs de projet ne sont pas si répandus.
- Jean Kang reconnaît les licenciements mais note qu’elle n’a pas vu beaucoup de chefs de projet concernés, ayant surtout observé des réductions dans les ventes, le recrutement et le marketing.
- Apprendre et s’adapter à l’IA générative [10:42]
- Jean propose une démarche en deux temps : état d’esprit et stratégies tactiques.
- État d’esprit : reconnaître que personne n’a totalement compris l’IA, même les soi-disant experts, car elle évolue rapidement.
- Tactique : pratiquer l’apprentissage à petite dose pour éviter l’épuisement et se concentrer sur des connaissances utiles à votre travail.
- Jean recommande de fixer des attentes avec votre responsable, de solliciter son soutien pour la formation à l’IA et d’utiliser les ressources disponibles (budgets formation, LinkedIn Learning, Udemy, Coursera).
- Le time blocking (1 à 2 heures par semaine) et l’application des concepts sur des projets réels rendent l’apprentissage plus concret et gérable.
- Ordonna insiste sur une approche prudente de l’IA générative, notamment en ce qui concerne la confidentialité des données avec des outils comme ChatGPT.
- Elle conseille d’améliorer ses techniques de prompt et de suivre les tendances du secteur, comme les hashtags sur LinkedIn (par exemple, #ChatGPT).
- Ordonna mentionne le nouveau cours du PMI sur l’IA générative pour les chefs de projet, gratuit pour les membres.
- Elle encourage son équipe et ses étudiants en master à utiliser ChatGPT stratégiquement, en comparant les approches pour résoudre un problème entre débutants et chefs de projet expérimentés.
- Elle insiste sur l’importance de peaufiner les prompts afin de rendre l’IA plus utile et pertinente pour des tâches spécifiques en gestion de projet.
- Mukhtar partage l’avis de Jean et Ordonna : nous sommes encore aux prémices de l’adoption de l’IA générative.
- Il recommande de rester à jour en explorant les nouvelles ressources, comme le cours du PMI ou celui de Jean.
- Mukhtar suggère de suivre des experts sectoriels sur LinkedIn qui partagent régulièrement du contenu sur l’IA.
- Il est fan de podcasts, soulignant qu’ils offrent des points de vue variés, du très technique au très business.
- Il insiste sur l’importance de comprendre le rôle de l’IA à l’intersection du business et de la politique.
- Jean propose une démarche en deux temps : état d’esprit et stratégies tactiques.
- Idées reçues sur la gestion de projet [17:21]
- Mukhtar relève une idée reçue répandue : si l’on ne décroche pas un emploi, c’est uniquement à cause d’un mauvais CV.
- Beaucoup de chercheurs d’emploi pensent qu’améliorer leur CV résoudra tous leurs problèmes, certains allant jusqu’à faire appel à plusieurs rédacteurs professionnels.
- Mukhtar insiste sur le fait que le CV est important, mais n’est pas le seul facteur pour obtenir un poste.
- Il recommande de développer une approche globale, incluant le réseautage, la prise de parole d’expert et les réseaux sociaux.
- Mukhtar met en avant l’existence d’un « marché caché de l’emploi », où de nombreux postes ne sont pas publiés mais accessibles via le réseau ou d’autres canaux.
- Il souligne l’importance de diversifier sa recherche et de ne pas se contenter de répondre aux annonces visibles.
- Jean relève deux idées fausses en gestion de projet : croire qu’il faut toutes les qualifications PM pour accéder à un poste et penser qu’en l’absence de certification PMP on ne peut pas postuler.
- Elle relate son expérience comme program manager autodidacte, soulignant qu’elle a pu changer de voie sans diplômes classiques.
- Jean évoque la préparation à la PMP mais souligne que sa capacité à penser stratégiquement et à illustrer son impact ont été décisives pour décrocher un poste de program manager chez LinkedIn.
- Elle explique qu’il est crucial de savoir mettre en avant ses compétences et expériences pour démontrer sa capacité, même sans intitulé officiel ni certification.
- Donna souligne l’idée reçue selon laquelle les chefs de projet ne savent pas bien valoriser leur propre contribution.
- Elle insiste sur le fait que les PMs ont tendance à mettre en avant les succès de leur équipe au lieu de souligner clairement leurs propres réalisations.
- Donna suggère aux PMs de mettre en exergue leurs compétences en planification stratégique et en facilitation dans leur CV.
- Elle remet en question l’idée que LinkedIn soit le seul outil d’auto-promotion et encourage à créer un portfolio ou un site web personnel.
- Donna a créé son propre site web, OrdonnaSGT.com, pour présenter sa passion pour la gestion de projet et améliorer sa visibilité auprès des recruteurs.
- Elle précise que montrer un enthousiasme sincère pour la gestion de projet peut faire pencher la balance en entretien.
- Mukhtar relève une idée reçue répandue : si l’on ne décroche pas un emploi, c’est uniquement à cause d’un mauvais CV.
- Négocier les salaires élevés en gestion de projet [23:33]
- Mukhtar évoque les facteurs qui contribuent aux salaires plus élevés dans les métiers de la gestion de projets.
- Les différences clés concernent les compétences, l’expérience et le niveau du poste : celles et ceux qui mènent des projets gagnent généralement davantage.
- Les entreprises mettent en place des parcours professionnels clairs pour la fonction PM, permettant d’évoluer vers des rôles mieux payés.
- Les profils spécialisés, comme la cybersécurité ou le cloud, sont de plus en plus recherchés et offrent une meilleure rémunération.
- Mukhtar insiste sur l’importance de l’état d’esprit lors de la négociation salariale, relevant que beaucoup hésitent à négocier même en étant qualifiés.
- Il donne un exemple d’un client qu’il a encouragé à obtenir une offre plus favorable, illustrant l’importance de l’auto-promotion.
- La valeur des chefs de projet dédiés [27:36]
- Donna met en avant l’importance d’avoir des chefs de projet dédiés et la nécessité de compétences avancées pour gérer des projets complexes.
- Elle estime que les experts métiers peuvent vite être submergés par le suivi et les décisions stratégiques du projet, missions mieux assumées par les PM.
- Donna insiste sur la capacité du chef de projet à évaluer les risques, à communiquer efficacement avec les parties prenantes, et à gérer les délais et contraintes du projet.
- Elle affirme que si les outils d’IA peuvent assister certaines tâches de gestion, l’intervention humaine reste indispensable pour fédérer et décider au sein de l’équipe.
- Jean abonde dans le sens de Donna sur la nécessité d’avoir des chefs de projet dédiés dans la tech.
- Elle compare les PMs à des quarterbacks, insistant sur leur rôle central pour coordonner et assurer la réussite collective.
- Jean souligne l’importance pour la direction d’avoir une personne de confiance sur qui compter pour le pilotage des projets.
- Elle rappelle que les PMs gèrent de nombreux livrables et détails complexes, ce qui garantit la tranquillité d’esprit pour la direction comme pour l’équipe.
- La présence d’un PM dédié favorise un déroulement fluide et une meilleure orchestration des activités d’équipe.
- Donna met en avant l’importance d’avoir des chefs de projet dédiés et la nécessité de compétences avancées pour gérer des projets complexes.
Les chefs de projet sont comme des quarts-arrières ; il y a différents membres dans l’équipe, mais vous avez toujours un quart-arrière titulaire et aussi un remplaçant.
Jean Kang
- Anticiper l’avenir de votre carrière en gestion de projet [33:03]
- Mukhtar souligne l’importance de tisser des relations pour que les chefs de projet restent pertinents pendant les trois à cinq prochaines années.
- Il suggère d’organiser régulièrement des rencontres-café de 15 minutes pour établir des liens, ce qui peut permettre de rencontrer jusqu’à 100 personnes.
- Bâtir un réseau doit être réciproque, apporter de la valeur aux autres tout en bénéficiant aussi de leur soutien.
- Le deuxième point clé est les « reçus », c’est-à-dire les preuves de compétences et d’accomplissements.
- Les chefs de projet devraient créer des portfolios mettant en avant leur travail et leurs contributions.
- Il encourage les chefs de projet à développer leur leadership d’opinion en ligne en partageant régulièrement leurs idées et en interagissant avec la communauté.
- Mukhtar partage une anecdote personnelle où son contenu en ligne lui a valu d’être reconnu lors d’un entretien d’embauche, soulignant l’impact de la démonstration de son expertise.
- Donna insiste sur l’importance de se tenir informé des nouveaux rôles émergents dans le secteur de la gestion de projet, comme ingénieur de prompt IA ou spécialiste du design génératif.
- Elle encourage chacun à explorer les nouvelles tendances et à comprendre les responsabilités liées à ces postes.
- Le réseautage à travers des rencontres-café est suggéré comme un moyen d’apprendre des autres et de tirer des enseignements de leurs expériences.
- L’engagement avec du contenu sur des plateformes telles que LinkedIn peut mener à des discussions précieuses sur les développements futurs du marché.
- Donna souligne l’importance de rester attentif à l’apparition de nouveaux postes et intitulés, ces sujets étant souvent abordés dans des publications comme Forbes.
- Elle précise que les chefs de projet sont indispensables pour superviser de nouvelles initiatives, comme des projets Gen AI, afin d’assurer leur réussite et leur adaptabilité.
- Jean conseille d’investir dans sa marque personnelle, en insistant sur l’importance d’un profil LinkedIn soigné et la création d’un portfolio pour mettre en valeur votre personnalité et vos compétences.
- Elle recommande l’utilisation de diverses plateformes comme Instagram pour s’exprimer au-delà des CV traditionnels.
- Adopter des outils d’IA dans les processus de gestion de projet est conseillé pour gagner en efficacité, par exemple automatiser la prise de notes de réunion ou améliorer la conception des présentations.
- Jean souligne l’importance de développer ses soft skills, en particulier la réflexion stratégique et la communication efficace.
- Elle rappelle la valeur de penser plusieurs étapes à l’avance (5 à 10 étapes) et de maîtriser la gestion du changement pour obtenir des résultats durables après le lancement.
- Échanger avec des dirigeants du secteur est encouragé pour mieux comprendre les processus de décision et les priorités.
- Mukhtar souligne l’importance de tisser des relations pour que les chefs de projet restent pertinents pendant les trois à cinq prochaines années.
- Conseils pour décrocher un stage en gestion de projet [40:29]
- Mukhtar reconnaît que les rôles en gestion de projet ne sont souvent pas perçus comme des postes débutants, ce qui complique la recherche de stages.
- Il propose de viser des postes de débutant comme coordinateur ou assistant de projet afin d’obtenir une expérience pertinente.
- Les postes temporaires ou sous contrat via des agences de recrutement peuvent aussi permettre d’acquérir des compétences et de l’expérience en gestion de projet.
- Mukhtar précise que les stages dédiés à la gestion de projet sont rares, car la fonction est généralement considérée comme plus senior.
- Donna mentionne que des entreprises comme Google proposent des programmes de stage, bien qu’il soit difficile d’y accéder.
- Elle recommande de suivre certains hashtags sur LinkedIn comme #ChatGPT, #ProjectManager, #ITProjectManager et #DataGovernance pour repérer des opportunités de stage.
- Il est utile de rechercher des hashtags associés à « stage en gestion de projet » ou simplement « stage ».
- Donna suggère aussi d’explorer des plateformes comme TikTok pour dénicher des pistes de stage, même si elle constate que c’est parfois chaotique.
- Elle insiste sur l’importance d’élargir ses recherches et de commencer très tôt, notamment de février à mai pour trouver un stage d’été.
- Jean rejoint l’avis de Mukhtar sur la rareté des stages, mais note l’apparition de quelques opportunités sur des sites comme ZipRecruiter et Indeed.
- Elle conseille d’utiliser des mots-clés pour chercher des stages sur LinkedIn, en particulier le hashtag #Hiring pour repérer les entreprises qui recrutent.
- Jean souligne l’intérêt de contacter directement les employeurs, une stratégie qu’elle estime sous-estimée.
- Elle suggère de considérer les programmes de rotation proposés par de grands groupes comme Google, Meta ou Amazon pour entrer dans le secteur.
- Mukhtar reconnaît que les rôles en gestion de projet ne sont souvent pas perçus comme des postes débutants, ce qui complique la recherche de stages.
Rencontrez nos invités
Jean Kang est une coach de carrière innovante et une spécialiste du changement de carrière à sept reprises, ouvrant la voie aux futurs responsables de programme.
Jean a travaillé dans la gestion de projet/gestion de programme et les opérations auprès de grandes entreprises telles que Meta, Pinterest, Intuit, LinkedIn et maintenant Figma. Elle est la fondatrice et PDG de Path to PM, un service de coaching qui aide les personnes en reconversion professionnelle et les aspirants professionnels en gestion de projet à décrocher des emplois de rêve sans certifications PMP. Sur LinkedIn, Jean partage quotidiennement des conseils précieux sur la gestion de projet/gestion de programme et le développement de carrière. Elle est également la créatrice d’un cours populaire sur Maven, qui aide les professionnels à se réorienter vers la gestion de programmes. Sa newsletter hebdomadaire riche en contenu et son guide fournissent des conseils concrets pour piloter des programmes à fort impact et dynamiser votre carrière.

Soyez dans les salles avec les dirigeants, car cela approfondira considérablement votre compréhension de la façon dont ils prennent leurs décisions, de ce qui les préoccupe et des questions qu’ils pourraient avoir.
Jean Kang
Mukhtar Kadiri est spécialisé dans l’accompagnement de personnes pour obtenir des postes de chef de projet entre 100 000 et 300 000 $. Grâce à son expertise en coaching de carrière, en stratégies de recherche d’emploi et en gestion de projet/gestion de programme, il renouvelle votre approche, met en valeur votre unicité et vous aide à surmonter les obstacles qui vous freinent, afin que vous puissiez obtenir le poste que vous souhaitez, être rémunéré à votre juste valeur, vivre le style de vie désiré et pouvoir planifier votre avenir.

Vous avez besoin à la fois de compétences et d’expérience, mais avoir le bon état d’esprit — savoir que vous pouvez négocier et défendre vos intérêts — est également très important.
Mukhtar Kadiri
Ordonna Sargeant est directrice de la gouvernance des données chez American Express où elle dirige le développement et la mise en œuvre des normes et politiques de qualité des données, de sécurité et de conformité à l’échelle de l’entreprise. Elle est également professeure associée au Metropolitan College of New York, où elle enseigne des cours sur la gestion de projet.

Tout le monde n’aime pas la gestion de projet, alors faire venir quelqu’un qui l’adore dans l’équipe peut faire une réelle différence.
Ordonna Sargeant
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Articles et podcasts associés :
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- L’IA est là : 9 façons dont les chefs de projet l’utilisent actuellement
- Pourquoi l’intelligence émotionnelle est la clé du succès des projets pilotés par l’IA
- Comment réussir ses débuts dans un nouveau poste en gestion de projet
- Obtenir une place à la table de la planification stratégique
Galen Low : Bonjour à tous, bienvenue à notre table ronde sur la façon dont les chefs de projet peuvent apporter une valeur stratégique à l’ère de l’IA générative. Nous organisons ce type d’événements chaque mois afin que nos membres et nos invités VIP puissent échanger directement avec les experts qui contribuent au Digital Project Manager. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle Galen. Je suis le cofondateur du Digital Project Manager et je serai votre hôte aujourd’hui. Découvrons nos panélistes.
Pour commencer, nous accueillons l'ancienne responsable de programme chez Figma, coach de carrière et véritable personne formidable, Mme Jean Kang. Jean, tu as récemment lancé une formation sur LinkedIn Learning sur l’utilisation de l’IA pour la gestion de projet. J'aimerais te mettre sur la sellette et te demander : quel est le retour le plus étrange que tu aies reçu depuis sa mise en ligne ?
Jean Kang : Ce n’est pas si étrange, mais j’ai reçu une remarque qui disait : pourquoi est-ce spécifiquement pour la gestion de projet ? Pourquoi cela ne pourrait-il pas être juste un tutoriel IA général ? J’ai trouvé cela très intéressant. Je n’ai pas eu l’occasion de le lui dire, mais je pense qu’avec le développement de l’IA, nous allons voir l’apparition de cas d’utilisation spécifiques, de niches différentes, d’industries différentes, c’est inévitable, donc...
Galen Low : C'est intéressant, et je pense qu'on va en reparler. Merci d’être là.
Ensuite, nous avons aussi, dis-moi si je te sous-estime, Ordonna, mais nous avons une chef de programme digital dans le Fortune 500 et coach PM, Ordonna Sargeant. C’est toujours un plaisir de t’accueillir. On discutait dans les coulisses de combien il est agréable de t’avoir à nos événements. J’ai regardé ton compte Insta, et j’ai vu que tu venais d'animer un événement sur les données et l’IA. Peux-tu partager ce qui t’a le plus inspiré lors de cette expérience ?
Ordonna Sargeant : D’abord, merci de m’accueillir. Je suis vraiment ravie d’être ici, c’est toujours un réel plaisir. Tes panels sont toujours super. L’un des meilleurs enseignements de notre sommet sur les données et l’IA, c’est qu’il y a tellement à faire avec l’IA générative et tellement d’expérimentations en cours actuellement. On travaille sur différentes façons d’utiliser l’IA : surveillance des risques, meilleure compréhension des clients, personnalisation, de nombreuses pistes sont explorées.
Mais bien sûr, nous sommes prudents donc nous prenons notre temps, veillant à l’absence de biais et à la sécurité des données, mais c’était fantastique. J’ai vraiment adoré.
Galen Low : J’adore. Oui, j’étais justement à la collision conference de Toronto, et c’était que de l’IA, évidemment, et tous ces startups, n’est-ce pas ?
Tant d’expérimentations et de jeunes entreprises, mais le maître-mot, c’était plutôt « ralentir ». Tout le monde le disait. Il y a tant de possibilités, la technologie le permet, mais doit-on vraiment tout faire ? Nous en reparlerons également. Merci beaucoup.
Notre troisième panéliste est Mukhtar Kadiri, conférencier et coach qui aide les gens à décrocher des postes de chef de projet très bien rémunérés via sa société WorkTipsPro. Mukhtar, tu es partout ces derniers temps. Je te vois partout dans mes fils d’actualité. Tu fais des podcasts, des conférences, même des anniversaires d’enfant !
J’aimerais savoir quel mythe recroises-tu le plus souvent et qui, à ton avis, doit être déconstruit concernant la gestion de projet, l’IA ou le développement de carrière en général ?
Mukhtar Kadiri : Un mythe à déconstruire ? Je pense qu’un des plus répandus est que l’IA va supprimer nos emplois — et vous avez sûrement déjà entendu dire que ceux qui seront remplacés sont surtout ceux qui ne savent pas utiliser ces technologies.
Je pense donc que la gestion de projet va perdurer et que notre rôle va même croître en importance, notamment pour accompagner ces technologies à grande échelle. J’en suis convaincu et mon point de vue reste optimiste à ce sujet.
Galen Low : Belle transition, merci.
Nous sommes donc en juin 2024, et ce n’est franchement pas la période la plus simple pour exercer la fonction de chef de projet. Nos métiers sont touchés par les vagues de licenciements, en particulier dans la tech ; l’adoption rapide d’outils d’IA générative s’accélère. Et, plus globalement, le contexte économique mondial reste incertain.
Mais Mukhtar, justement, au lieu de voir ça négativement, on s’est dit qu’on allait adopter une vision optimiste aujourd’hui et parler de comment saisir cette opportunité pour redéfinir la valeur stratégique du chef de projet et vous donner un plan d’action pour non seulement survivre, mais aussi, espérons, prospérer aujourd’hui, demain, et pour la prochaine décennie.
Peut-être un peu ambitieux, mais c’est la perspective qu’on prend aujourd’hui. Plongeons dans le vif du sujet, explorons tout ça, et je vais commencer par Jean, mais j’entends aussi toutes vos opinions.
Donc, ce que je constate en ce moment, ce sont tous ces rapports sur les compétences recherchées sur le marché de l’emploi : LinkedIn et d’autres plateformes placent la gestion de projet parmi les compétences les plus demandées actuellement. Alors, pourquoi a-t-on pourtant l’impression que de nombreux chefs de projet sont licenciés en masse ?
Jean Kang : J’ai effectivement vu ce rapport circuler sur LinkedIn. Je me suis dit : « Mais oui, on en a besoin, c’est tellement vrai. » J’ai un point de vue différent là-dessus. Sur mon LinkedIn depuis deux ans, avec toutes les vagues de licenciements dans la tech, j’ai vu des proches touchés, mais en réalité, je n’ai pas constaté tant de chefs ou responsables de projet licenciés.
Les fonctions les plus touchées que j’ai vues ont plutôt concerné la vente, le recrutement, le marketing. C’est mon expérience, je ne dis pas que ça n’arrive pas côté chefs de projet, mais ça reste minoritaire dans mon réseau. Et je voudrais rebondir sur ce que disait Mukhtar : je crois vraiment que la gestion de projet restera cruciale.
Pour remettre dans le contexte, il y a trois mois chez Figma, juste avant mon départ, j’ai participé aux réunions de recrutement. Il fallait faire des choix budgétaires, privilégier certains postes. Sans blague, la direction voulait investir dans des fonctions de type chef de projet. Peut-être sans l’intitulé, mais avec la capacité à orchestrer, piloter, à gérer différents intervenants, à concrétiser les initiatives. C’est ma conviction.
Galen Low : Merci pour ce retour. Donc, connectez-vous avec Jean, car ceux qui le sont semblent garder leur emploi et bien s’en sortir ! Non, vraiment, merci pour ce regard différent. La réalité n’est pas forcément ce que suggèrent les gros titres parfois trop sensationnalistes.
Ça ne veut pas dire que certains PM ne sont pas touchés, mais ce n’est pas partout. Je comprends que parfois, on a l’impression d’une catastrophe généralisée, alors que ce n’est pas le cas pour tous.
Mukhtar, de ton côté, que constates-tu dans ton travail, tes missions ou interventions ? Croises-tu beaucoup de chefs de projet concernés par ces licenciements ?
Mukhtar Kadiri : Oui, certains ont été touchés, mais je rejoins Jean : ce n’est pas la plupart. En comparant avec d’autres fonctions, c’est bien moins fréquent.
J’ai vu dans une étude une analyse des métiers concernés et, en haut de la liste, se trouvent les RH et le recrutement. Ils sont souvent les premiers à partir. Ensuite viennent les métiers autour de la relation client, puis les développeurs.
La période actuelle est particulièrement difficile car, historiquement, être ingénieur logiciel était vu comme une garantie de stabilité, mais là aussi, ça bouge beaucoup. Mais avant d’en arriver à la gestion de projet, il y a beaucoup d’autres fonctions concernées.
À mon avis, c’est un peu comme quand on va acheter une nouvelle voiture et qu’on commence à la voir partout autour de soi : peut-être que c’est aussi ce qui se passe ici — on remarque davantage ce qui nous intéresse. Mais data à l’appui, je ne crois pas que les chefs de projet soient sur-représentés dans les statistiques de licenciements.
Galen Low : Oui, comme on le disait au début : l’économie met tout le monde sous pression, les entreprises affrontent incertitude et ambiguïté et doivent avancer malgré tout. Ton analogie avec la voiture me parle — parfois, on a l’impression de voir des difficultés partout pour les chefs de projet, mais c’est plus global. Même les développeurs connaissaient jusque-là un secteur protégé… Eh bien non. J’ai des collègues qui apprennent Python via ChatGPT ! Comme quoi, tout change.
Donna, petite question : constates-tu dans ton entourage ou ton entreprise une volonté de recruter des profils en gestion de projet pour accompagner toute cette transformation ?
Ordonna Sargeant : Je rejoins ce qui a été dit. J’observe aussi davantage de recrutements, et la recherche de profils avec des compétences en gestion de projet. Je n’ai jamais entendu que le métier de chef de projet serait surestimé.
On cherche des gens capables de diriger sans autorité directe, de façon autonome, d’avoir cette compétence. Les postes que je vois sont à différents niveaux — managers, directeurs, VPs — mais tous demandent cette expertise.
Quelles que soient les méthodes (waterfall, hybride ou agile), on veut des gens capables de mener un projet de bout en bout. Un bon conseil : restez connectés à vos réseaux sur LinkedIn, suivez ceux qui publient des offres, ce sont souvent eux qui publieront de nouveau.
J’ai aussi des amis qui cherchent, mais, dans l’ensemble, je constate peu de licenciements. Je confirme.
Galen Low : Merci ! Et tu fais bien de préciser : ce n’est pas toujours le titre qui compte, mais les responsabilités et les compétences reconnues. On en reparlera plus en détail tout à l’heure. Merci de l’avoir souligné !
On va passer à un sujet plus tactique. On dit souvent, moi la première, que l’IA générative offre aux chefs de projet l’opportunité de devenir plus stratégiques. Mais il faut aussi apprendre à utiliser ces outils, ce qui semble être un job à plein temps aussi. Donna et Jean, selon vous, comment faire pour être stratégique tout en se formant efficacement aux nouveaux outils alors même que nos métiers sont en mutation ?
Jean, qu’en dis-tu ?
Jean Kang : Pour moi, il y a deux volets : l’état d’esprit et l’aspect tactique. D’abord, il faut accepter que personne ne maîtrise réellement l’IA, même ceux qui semblent experts. Moi-même, bien que je travaille dessus, je ne me considère pas experte.
Par rapport à la formation que j’ai créée, il m’a fallu me confronter à ça, puis adopter la « micro-dose de formation ». Comment apprendre sans s’épuiser ? Comment apprendre ce qui va m’aider dans mon quotidien ? Si vous travaillez actuellement, quelques astuces pratiques : commencez par fixer vos attentes avec votre manager : « Je souhaite vraiment apprendre comment l’IA peut améliorer mon travail et les projets. » Peut-être qu’il ou elle pourra vous aider, via le budget formation ou en vous orientant vers des ressources.
Il y a plein de ressources recommandées par vos pairs : LinkedIn Learning, Udemy, Coursera, etc. Côté pratique, bloquez du temps, par exemple une ou deux heures par semaine, à la pause-déjeuner, pour apprendre et appliquer immédiatement à une situation précise, comme l’analyse de risques sur un projet X.
Ça a très bien fonctionné pour moi.
Galen Low : Et ta micro-dose préférée d’apprentissage IA en mode gestion de projet ?
Jean Kang : J’utilise l’IA pour m’aider à gérer des cas concrets. Quand je rencontre un problème, je formule la situation, le contexte et je demande à l’IA de simuler l’échange ou de me proposer des angles de réponse. Cela m’oblige à réfléchir différemment et ça nourrit la dimension stratégique.
Galen Low : Ce que tu dis est intéressant : aller voir son manager, l’équipe de direction pour évoquer cette intention d’apprendre. C’est déjà stratégique en soi, et ça positionne comme personne ressource sur le sujet IA, voire comme ambassadeur pour l’organisation. Astucieux.
Donna, que recommandes-tu à ton équipe pour monter en compétences sur Gen AI sans tomber dans le piège de la surcharge ou du zapping d’infos ?
Ordonna Sargeant : Plusieurs choses. Ce qui est important, c’est de chercher à progresser sur la façon dont on rédige les prompts pour ChatGPT.
Comme le disait Jean, tout évolue vite. Ce qui m’aide personnellement, c’est de suivre les hashtags. Je suis par exemple #ChatGPT sur LinkedIn. PMI vient de sortir un nouveau cours : le premier sur l’IA générative était gratuit, celui-ci est offert aux membres ou coûte 20 $ pour les autres. C’est le « landscape data for Gen AI project managers ».
Je reste donc à l’affût des tendances et des leaders du secteur, mais aussi de ceux qui sont sur le terrain. Quand je forme des jeunes chefs de projet, je leur demande d’utiliser ChatGPT pour résoudre un problème en tant que débutant et ensuite en tant que PM expérimenté. Comparez la différence.
Essayez aussi d’obtenir des tableaux exposant les avantages, inconvénients ou contraintes de tel projet et ses résultats possibles. Apprendre l’IA, c’est d’abord pratiquer, puis affiner ses prompts pour que l’outil travaille vraiment pour nous.
Galen Low : Super astuce, l’histoire des hashtags ! Je vais le faire après l’émission. Et tu as raison : demander à ChatGPT un même problème en version junior puis senior, c’est excellent.
Mukhtar, as-tu aussi des bons conseils pour monter en compétence IA sans être submergé ?
Mukhtar Kadiri : Oui, je pense que mes collègues en ont bien parlé. On n’en est qu’au début. Il faut s’abonner à de nouvelles ressources, suivre par exemple le cours du PMI ou celui de Jean. Également, écouter des leaders du secteur qui publient sur LinkedIn.
Je recommande aussi les podcasts — certains sont très techniques, d’autres plus orientés business. Cela donne, selon moi, une vision utile à l’intersection de la technologie, des affaires et de la politique.
Galen Low : C’est similaire à ce qu’a dit Donna : même si tu n’es pas la cible d’un podcast, tu peux apprendre énormément sur les attentes de l’audience ciblée, spécialement si tu veux comprendre ce que pensent les dirigeants. C’est stratégique aussi. J’adore.
Je change un peu de direction : on remarque actuellement une amplification des idées reçues sur le métier de chef de projet, notamment du fait de l’IA. Beaucoup pensent que l’IA va tout remplacer, ce qui traduit une méconnaissance du rôle exact. Étant tous coachs, vous accompagnez des PM qui veulent évoluer. J’aimerais, pour chacun de vous, connaître la plus grande idée reçue sur les chefs de projet rencontrée par vos clients ces derniers temps.
Mukhtar, je commence avec toi.
Mukhtar Kadiri : Il y en a beaucoup ! Mais, en cherchant un emploi, l’un des plus courants reste de croire que si on ne décroche pas de poste, c’est à cause du CV. Certains investissent 300 $ ou font appel à dix rédacteurs différents.
Le CV compte, mais il ne suffit pas. Il faut une vraie stratégie de réseau, de visibilité (leadership d’opinion, réseaux sociaux, etc.), car beaucoup de postes ne sont tout simplement pas publiés (job market caché). On doit donc multiplier les canaux. Croire que seul le CV compte : voilà une erreur fréquente.
Galen Low : Très vrai : se présenter sur papier, c’est bien mais ce n’est pas tout. Excellent point.
Jean, quelles autres idées fausses rencontres-tu sur le métier ?
Jean Kang : J’en vois deux principales, qui sont liées : d’abord « je n’ai pas toutes les qualifications pour être chef de projet » ; puis « je n’ai pas la certification PMP donc je ne suis pas légitime ».
Ce sont des idées fausses : moi-même, je suis autodidacte, j’ai décroché mon poste de responsable de programme chez LinkedIn alors que j’étais Customer Success Manager chez Pinterest. Ce qui m’a aidée, c’est ma capacité à penser stratégiquement et à fournir des exemples solides, qui prouvaient mon impact. Ce n’était pas le titre qui comptait.
Galen Low : Très juste. Et il y a aussi ce préjugé chez certains employeurs selon lequel seule la certification PMP garantirait la compétence — alors que ce n’est pas toujours un prérequis, loin de là.
Donna, ton idée reçue préférée sur les PM en ce moment ?
Ordonna Sargeant : Celle-ci revient souvent : les gens ne savent pas communiquer leur valeur. Très souvent, on met en avant ce que l’équipe a fait, ou bien on minimise ses responsabilités. Mais il faut pouvoir montrer précisément ce que VOUS avez fait pour réussir, quelle stratégie vous avez portée.
Beaucoup croient qu’il n’y a que LinkedIn pour se vendre ; or il existe d’autres façons, par exemple un portfolio numérique. J’ai moi-même créé un site OrdonnaSGT.com pour montrer ma passion, et cela fait la différence : les recruteurs voient que j’aime vraiment la gestion de projet.
Ce n’est pas juste la certification ou la virgule sur le CV : il faut que la passion transparaisse, et ce n’est pas donné à tout le monde. On me l’a répété lors d’entretiens : « Cela se voit que vous aimez ça. » Il faut vraiment réussir à transmettre cet enthousiasme.
Galen Low : C’est formidable quand cette passion est évidente, et ça casse aussi le mythe du PM qui ne fait « que » soutenir le reste de l’équipe ou qui exerce ce métier faute de mieux. Afficher sa passion crée immédiatement la différence.
Petite question pour Mukhtar, qui accompagne aussi les PM dans la négociation de meilleurs salaires, y compris à six chiffres. Quels éléments distinguent les postes les mieux payés de ceux à salaire plus bas ? Et, question épineuse : est-ce que l’IA va réduire cet écart ?
Mukhtar Kadiri : Bonne question. Ce qui fait la différence tient déjà à l’expérience et aux compétences — souvent, les chefs de programme gagnent plus.
De plus en plus d’entreprises créent d’ailleurs des filières dédiées (chef de programme, senior, staff, principal…), donc il existe aujourd’hui des voies pour progresser côté « contributeur individuel ».
Une spécialisation technique (cybersécurité, cloud…) valorise aussi le salaire car les entreprises migrent leur infrastructure et cherchent ces profils.
Mais, au-delà des compétences, il faut aussi croire en sa valeur et oser négocier. J’ai aidé une personne récemment (dans une grosse boîte tech, extrêmement compétente), qui était prête à accepter l’offre sans discuter après une longue recherche. Parfois, il faut vraiment se donner la permission de négocier.
Donc, oui, compétences et expérience comptent, mais la mentalité et la capacité à se défendre aussi.
Galen Low : Merci ! La grille salariale ne reflète pas toujours la vraie valeur. Spécialiser son expertise (cloud, cybersécurité…) est clé. Dans le marché, on peut se différencier sur ses connaissances pointues autant que sur sa capacité à livrer des projets de tout type, mais la spécialisation est un vrai atout.
Je voudrais revenir sur une question mentionnée par Donna : la gestion de projet reste-t-elle un métier à part entière, alors que les métiers « experts métier » pilotent eux-mêmes certains projets ? Quelle est la valeur ajoutée d’un vrai chef de projet aujourd’hui ? Donna, ton avis ?
Ordonna Sargeant : Très bonne question. Même lors de mon embauche chez AmEx, mon intitulé était « Directrice gouvernance des données — gestion des programmes ». Je n'avais pas d’expérience pointue en gouvernance comme on l’entend ici, mais ils cherchaient avant tout une très forte expertise en gestion de projets complexes.
La valeur ajoutée d’un PM, c’est d’éviter de surcharger un expert métier avec du reporting, particulièrement quand il y a de gros enjeux ou des risques financiers.
Le PM est là pour anticiper, proposer des stratégies de mitigation, évaluer les pertes potentielles, communiquer sans stress avec la direction : il y a un vrai métier autour de la gestion des contraintes, qui ne dépend pas du domaine, et qui ne pourra pas entièrement être automatisé par l’IA.
Galen Low : Merci, c’est bien résumé.
Jean, as-tu eu la même expérience dans la tech ?
Jean Kang : Oh que oui ! J’ai vécu exactement tout ce qu’Ordonna vient de décrire, des intitulés improbables à la réalité du terrain. Donc je confirme : un PM dédié est indispensable.
Par analogie, le chef de projet est comme le quarterback. Il y a d’autres rôles clés, mais il y a toujours un quarterback attitré. Et souvent, même avec des équipes importantes, les dirigeants veulent un interlocuteur unique et fiable pour garantir que tout fonctionne. Cela libère les équipes métier et permet d’orchestrer la complexité.
Galen Low : Oui, et le terme « chef d’orchestre » est vraiment adapté à la gestion de projet.
Passons maintenant à l’avenir de la gestion de projet à l’ère de l’IA. J’aimerais faire une petite pause pour remercier les participants pour leur présence et leur contribution : le chat est très actif et il y a énormément d’échanges enthousiasmants.
Revenons donc à notre sujet : si vous êtes chef de projet, que faire aujourd’hui pour rester pertinent dans les trois à cinq prochaines années ? Je vais d’abord demander à Mukhtar.
Mukhtar Kadiri : Très bonne question. J’aime simplifier : il y a deux choses à retenir, pour moi : le réseau et les preuves de sa valeur (« receipts »).
Beaucoup de gens font confiance à ceux avec qui ils ont des relations. Donc, développez régulièrement votre réseau (cafés, rencontres, etc.). Vous en retirez de la valeur et en donnez aussi.
Ensuite, les preuves : beaucoup de PM prétendent savoir faire, mais où sont les résultats tangibles ? Un portfolio, par exemple, c’est une preuve concrète. Construisez votre leadership d’opinion en ligne — montrez ce que vous savez, c’est ça les « receipts ». Je me souviens d’un entretien où un des recruteurs m’a dit : « Je profite déjà de votre contenu, je laisse mon collègue poser les questions ! » Voilà la différence que font ces « preuves ».
Galen Low : J’adore l’idée de réseau, même à l’ère de l’IA : cela peut finalement rapprocher les personnes.
Donna, ton conseil ?
Ordonna Sargeant : J’insiste beaucoup sur ce point : de nombreux métiers qui existent aujourd’hui n‘existaient pas il y a 5 ans. Il faut rester attentif aux nouveaux rôles émergents — ingénieur prompt IA, spécialiste design génératif, etc. Découvrez ce que cela implique ! Restez informé, assistez à ce type d’événement, sollicitez des cafés virtuels avec des personnes qui publient des contenus inspirants.
Mentionnez explicitement leur contribution pour établir la connexion. Cela vous rapproche des tendances et des nouveaux titres qui vont apparaître. Chez AmEx, chacun des POC (proofs of concept) Gen AI a un PM assigné, car il faut bien suivre la progression des projets IA.
Galen Low : Il y a effectivement quelque chose de poétique : ChatGPT connaît le passé, mais discuter avec des gens, c’est anticiper l’avenir.
Ordonna Sargeant : Oui, tout à fait.
Galen Low : Jean, ton conseil pour rester pertinent à 3 ou 5 ans ?
Jean Kang : Plusieurs points : investissez dans votre marque personnelle — comme nous tous l’avons fait. LinkedIn reste essentiel, mais ce peut être un portfolio, Instagram : ce qui exprime vraiment votre personnalité.
Ensuite, adoptez les outils IA pour faciliter votre quotidien : il existe des outils pour automatiser la prise de notes de réunion, la création de présentations… Intégrez-les à vos process.
Enfin, travaillez vos soft skills : la réflexion stratégique, la communication, la gestion du changement étant des points très recherchés. Ce que mes managers m’ont appris, c’est penser 5 à 10 coups à l’avance — cela fait la différence.
Soyez présent auprès des décideurs : comprendre leur logique, leurs questions, cela fait gagner en pertinence.
Galen Low : Merci ! Effectivement, avec les IA actuelles, on connaît l’état de l’art, mais pour anticiper la suite, rien ne vaut la projection stratégique et le développement de sa marque.
Transition rapide : il reste six minutes et je vais reprendre quelques questions du chat (merci Michael d’ailleurs pour l’avoir fait).
La question est : comment décrocher un stage en gestion de projet ? Si on a des certifications de premier niveau, comment se démarquer pour obtenir un stage ?
C’est difficile aujourd’hui car il y a peu de stages et peu de programmes formels, alors que le métier n’est pas classiquement identifié comme « junior ».
Mukhtar Kadiri : Le métier de chef de projet n’est généralement pas considéré comme accessible aux débutants. On peut donc rechercher des postes d’assistant ou coordinateur de projet, parfois en intérim via des agences de placement. Sinon, les stages « classiques » sont rares, mais je laisse la parole aux collègues.
Ordonna Sargeant : J’ai regardé sur LinkedIn en direct : Google propose un programme de stage, difficile d’accès certes, mais il existe d’autres offres.
Mon conseil : suivez les bons hashtags (j’ai toute une liste : #ChatGPT #ChefdeProjet #ITChefdeProjet #CallForSpeakers #DataGovernance…), mettez #StageGestionProjet ou #Stage.
Ciblez aussi la période d’ouverture : pour un stage d’été, recherchez dès février-mars jusqu’à mai. On trouve des annonces sur LinkedIn.
Explorez aussi TikTok : malgré ses défauts, il y a parfois des ressources utiles pour les stages et la veille. Élargir votre recherche est clé.
Galen Low : Merci pour ta liste de hashtags ! On pourrait presque en faire un livre…
Jean, ton retour là-dessus ?
Jean Kang : D’accord avec Mukhtar. Les stages sont peu nombreux, mais il y en a tout de même sur ZipRecruiter, Indeed, et LinkedIn si on travaille bien les mots clés. N’oubliez pas le #Hiring pour repérer qui recrute et les contacter directement.
Il existe aussi des programmes de rotation (chez Google, Meta, Amazon…), ne vous limitez pas et osez postuler.
Ordonna Sargeant : Essayez aussi de chercher « Handshake » sur Google, qui recense des stages en gestion de projet.
Galen Low : Merci ! D’ailleurs, Mukhtar, ça me rappelle ce que tu disais plus haut : parfois, les gens cherchent un stage alors qu’ils ont déjà suffisamment d’expérience pour postuler à un poste direct. Il faut oser — et les stages, visiblement, reviennent à la mode !
Un immense merci à nos panélistes, Jean, Ordonna et Mukhtar, pour votre temps. Ce fut un plaisir !
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