Imaginez la scène : le jour de la présentation est arrivé, et rien ne se passe comme prévu—on lit les diapositives, les démonstrations ne suscitent pas d’enthousiasme, et vous improvisez après avoir oublié vos notes. Les parties prenantes sont déconcentrées, mais le projet continue, et d’autres présentations s’annoncent.
Galen Low s’entretient avec l’expert en présentation Renaud Taburiaux sur la façon dont les chefs de projet peuvent aider leurs équipes à offrir des présentations claires et percutantes sans perdre de temps à les préparer. Écoutez pour apprendre à présenter votre travail aux dirigeants et réussir votre prochaine présentation !
Temps forts de l’entretien
- L’importance de la présentation en gestion de projet [02:44]
- Présenter est crucial en gestion de projet car les responsables dirigent souvent sans autorité réelle.
- L’influence et la persuasion sont essentielles pour que les équipes suivent les plans et comprennent la valeur des tâches.
- La gestion de projet moderne est plus participative et nécessite une communication à grande échelle.
- Les équipes sont souvent à distance, rendant les présentations claires et convaincantes d’autant plus indispensables.
- Des présentations efficaces permettent aux responsables d’influencer de nombreuses personnes de manière efficiente.
- Malgré son importance, la compétence de présentation n’est pas toujours enseignée formellement.
- Les chefs de projet, ayant de multiples responsabilités, doivent préparer leurs présentations de façon efficace.
- Tout le monde n’a pas le même niveau d’information, donc les présentations servent à aligner les équipes autour d’une vision commune.
- La présentation ne se limite pas aux diapositives—il s’agit de partager des idées, des messages, et des histoires sous diverses formes.
- Les présentations ont lieu chaque jour, formellement ou informellement.
- Même face à des cadres dirigeants, la présentation elle-même n’est pas tout—les échanges et interactions sont tout aussi importants.
- Ne compliquez pas trop et ne stressez pas à propos des présentations ; elles doivent rester naturelles et centrées sur l’humain.
- Les diapositives ne convainquent pas les gens—ce sont les gens qui convainquent les gens.
Ne vous stressez pas trop pour la présentation. Nous mettons souvent des mots à la mode dans nos scripts, mais ce n’est pas nécessaire. Ça doit être de l’humain à l’humain. Les diapositives ne convainquent pas les gens—ce sont les gens qui convainquent les gens. Gardez donc les choses en perspective : ce n’est qu’une présentation.
Renaud Taburiaux
- Erreurs courantes dans les présentations en entreprise [06:10]
- Présenter est une attente, pourtant peu de personnes reçoivent une formation formelle à ce sujet.
- Comme pour la rédaction d’e-mails, on suppose que les autres savent présenter, mais beaucoup ont du mal à être clairs.
- Les universités enseignent les présentations académiques, pas la communication orientée business.
- La formation en entreprise se concentre souvent sur la prestation (voix, confiance, gestion du stress) plutôt que sur la structuration efficace du message.
- Beaucoup de dirigeants donnent de mauvais exemples, en lisant simplement les diapositives sans message clair.
- Puisque le leadership lui-même manque de formation adéquate, attendre mieux des autres est irréaliste.
- Quand les compétences de présentation sont enseignées, elles le sont souvent mal.
- L’importance d’une communication efficace en entreprise [08:45]
- Renaud a débuté dans des agences de communication où les messages étaient clairs, bien conçus, et percutants.
- Passer en entreprise a été un choc : la communication y était sous-estimée, voire perçue négativement.
- Beaucoup évitaient la communication et ceux qui essayaient échouaient souvent, gaspillant du temps et générant du stress.
- Il a appliqué ses connaissances d’agence et d’UX aux présentations en entreprise, créant le cadre « Presentation Sprint ».
- Il est passionné par l’amélioration des présentations car une mauvaise communication gaspille du temps et des efforts.
- Sa frustration vient du constat de présentations inutiles, longues et inefficaces dans les projets réels en entreprise.
- Il pense que les présentations devraient être courtes, claires et faciles à préparer.
- Beaucoup ont du mal avec les présentations malgré des efforts tels que la participation à Toastmasters.
- Sans guidance claire, les petites améliorations n’apportent pas assez de valeur, ce qui entraîne de la frustration.
- Le problème peut se résoudre par des étapes structurées, mais peu savent par où commencer.
- La pratique régulière est importante pour éviter de perdre la main et apprendre de ses erreurs en toute sécurité.
- La prestation n’est qu’un aspect — structurer le message et le contenu est plus crucial pour les professionnels cherchant à s’améliorer.
- Le cadre Presentation Sprint [13:54]
- Les présentations en gestion de projet servent différents objectifs : approbation (budgets, feuilles de route), motivation (vision, mission), et réassurance (points d’avancement).
- Les présentations efficaces suivent trois étapes clés : Penser, Construire, Délivrer.
- Penser : Définir l’objectif, l’audience, les messages clés avant de créer les diapositives.
- Construire : Développer le contenu, le script et les diapositives en suivant une structure claire.
- Délivrer : Se concentrer sur la prise de parole en public, l’interaction et la gestion du stress.
- De nombreux professionnels préparent leurs présentations de façon inefficace, comme un processus « en cascade » rigide au lieu d’une démarche itérative.
- Au contraire, les présentations devraient être élaborées de manière itérative, avec des retours précoces et un affinement progressif.
- Appliquer les principes agiles et de l’UX aux présentations peut les rendre plus efficaces et efficientes.
- Comment Presentation Sprint fait gagner du temps [17:02]
- La phase « Penser » ne prend pas longtemps — répondre à 8 ou 9 questions clés en 10 minutes suffit à clarifier le message.
- Passer trop vite à la phase « Construire » sans clarification du message fait perdre du temps et de l’énergie.
- Une fois la structure posée, la création des diapositives va beaucoup plus vite (1 à 2 heures maximum).
- Une présentation minimale viable permet d’obtenir des retours tôt, ce qui réduit le travail inutile.
- Sauter la préparation entraîne des coûts irréversibles (heures passées à perfectionner des slides qui seront peut-être éliminées par la suite).
- Une bonne préparation de la phase « Délivrer » prévient le stress et permet de mieux répondre aux questions difficiles.
- Même brièvement, suivre Penser, Construire, Délivrer, fait gagner du temps et accroît l’impact.
- Répéter a le plus d’impact, pourtant beaucoup le négligent.
- Les gens écrivent souvent tout car les modèles incitent à remplir tous les champs de texte, menant à des présentations « karaoké ».
- Rédiger les slides donne l’impression d’avancer mais peut servir à éviter la tâche plus difficile de structurer le message.
- Beaucoup se contentent de copier-coller d’anciennes présentations au lieu de créer un exposé clair et volontaire.
- Prendre le temps de véritablement définir ce qu’on doit dire est difficile mais essentiel à une présentation efficace.
- Livraison efficace et stratégies de répétition en équipe [21:01]
- La répétition doit se faire de bout en bout, sans interruption.
- Évitez les « lectures » où l’on fait simplement défiler les slides sans prononcer le discours à voix haute.
- Des répétitions complètes permettent d’identifier ce qui fonctionne, ce qui ne va pas, et de gagner en confiance.
- Répétez en privé ou avec des collaborateurs avant la présentation réelle pour affiner transitions, accentuation et rythme.
- Concentrez-vous sur l’amélioration via les retours et adaptez-vous à chaque répétition.
- Limitez les répétitions pour éviter la fatigue, et espacez-les pour de meilleurs progrès.
- Répéter permet d’identifier les formulations maladroites et d’ajuster pour une expression naturelle.
- La répétition est cruciale car tout n’est qu’une hypothèse tant que ce n’est pas pratiqué.
- Nombreux sont les présentateurs qui peinent avec les transitions, entre intervenants comme entre slides.
- Au lieu de slides isolées, une présentation doit raconter une histoire cohérente, avec des transitions fluides.
- Les transitions doivent annoncer ce qui va suivre, rendant le déroulé logique et connecté.
- Une présentation doit viser à transformer, non simplement à informer.
- Les présentations doivent mettre en avant l’impact des informations et leur utilité, pas seulement des faits.
- Si le contenu est purement informatif (comme un backlog), un e-mail est plus efficace qu’une présentation.
- Les présentations doivent être vues comme un moyen de générer de la valeur, et non comme une démarche égoïste.
- Se concentrer sur la résolution du problème de l’audience et concevoir la présentation depuis leur point de vue.
- Les présentations sont à la fois inestimables (elles consomment du temps, de l’attention et de l’énergie) et coûteuses (en heures de travail perdues).
- Gardez les présentations courtes, ciblées et concises.
- Tout ne nécessite pas une présentation ; cherchez à limiter les interventions superflues.
- Une approche axée sur la valeur rendra les présentations plus percutantes et augmentera la confiance.
Nous devons considérer les présentations comme quelque chose de précieux. Présenter n’est pas un acte égoïste ; c’est un acte altruiste. Vous êtes là parce que vous essayez de résoudre l’un des problèmes de votre audience.
Renaud Taburiaux
- Aider les membres de l’équipe à présenter [28:58]
- En tant que coach, évitez de donner directement votre avis ; posez plutôt des questions pour guider la personne.
- Ne perdez pas de temps si la personne n’est pas ouverte à l’aide.
- Posez des questions telles que « Qui est votre audience ? » ou « Quel est l’objectif de votre présentation ? » pour les aider à clarifier leur message.
- Encouragez-les à relier leur message à la perspective de l’audience en demandant : « Comment cela soutient-il votre message ? »
- Si la présentation n’est pas claire, aidez-les à simplifier en demandant ce qu’ils essaient vraiment de dire.
- Concentrez-vous sur un langage simple que l’audience comprendra, en évitant le jargon ou la complexité inutile.
- La « malédiction de la connaissance » rend difficile pour les experts de voir les choses selon la perspective de l’audience.
- Les coachs aident en posant des questions pour clarifier le message et simplifier les explications.
- Lors des répétitions, un public test doit représenter l’audience finale pour fournir un retour constructif.
- Les retours doivent se concentrer sur l’amélioration, pas sur la perfection, surtout pour ceux qui sont stressés ou inexpérimentés.
- Des petits pas vers l’amélioration, comme la diminution du texte, peuvent amener à de meilleures présentations au fil du temps.
- La perfection n’est pas toujours nécessaire ; parfois « correct » est suffisant, et l’authenticité peut avoir plus d’impact que des slides trop polies.
- Étapes pour améliorer la culture de communication en entreprise [42:10]
- Pour améliorer la communication d’entreprise, suivez ce cadre en trois étapes : réfléchir avant de créer, construire lentement et demander des retours tôt.
- Appliquez ces principes à tous les types de communication, y compris les emails et les vidéos.
- Montrez l’exemple—n’attendez pas de votre équipe qu’elle fasse quelque chose que vous ne faites pas vous-même.
- Commencez petit : notez les trois messages clés que vous souhaitez que l’audience retienne, puis améliorez vos slides avec le temps.
- Considérez les présentations comme un sprint : court, concentré, avec des retours et des améliorations itératifs.
- Après chaque présentation, faites un débrief avec votre équipe pour voir ce qui peut être amélioré la prochaine fois.
Rencontrez notre invité
Renaud Taburiaux est coach en présentation et l’auteur de Presentation Sprint.
Avec une solide expérience en gestion de projets et de produits, ainsi qu’en facilitation, il aide les managers à préparer rapidement d’excellentes présentations.
Renaud a créé le Presentation Sprint Framework, une approche simple en trois étapes qui intègre des outils uniques comme le canevas, le workflow et la checklist, conçus pour simplifier et améliorer le processus de présentation.

La diapositive est importante, mais ce n’est pas l’essentiel de la présentation. Il faut internaliser le message. Ensuite, avec ou sans slides, vous serez capable de transmettre efficacement le message.
Renaud Taburiaux
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Galen Low : C’est le jour de la présentation. Tout est en marche, et tout se passe plutôt bien. Enfin, ça va. Enfin, c’est plutôt comme un accident de voiture au ralenti.
Ravin lit à nouveau ses slides. Florence semble murmurer à ses pieds plus qu’elle ne fait la démo de la nouvelle fonctionnalité de personnalisation. Et vous – vous avez oublié vos notes quelque part dans le train, et vous improvisez.
Côté public, l’ambiance générale parmi les parties prenantes est… confuse. Implique de l’impatience. Désengagement. La bonne nouvelle, c’est que tout sera bientôt fini, et nous pourrons tous oublier que cela est arrivé.
Sauf que ce n’est pas du tout le cas. Le projet continue, la prochaine revue de sprint a lieu dans deux semaines, et même si vous décidiez d’abandonner maintenant, de nombreuses présentations professionnelles vous attendent encore.
Si vous avez baissé les bras et accepté que les présentations projet avec votre équipe soient condamnées à être des moments pénibles et inévitables entre deux tâches projet, restez avec nous.
Nous allons parler de comment faire en sorte que votre équipe maîtrise les présentations projet tout en réduisant le temps de préparation.
Salut tout le monde, merci de votre écoute. Je suis Galen Low de The Digital Project Manager. Nous sommes une communauté de professionnels du numérique qui avons pour mission de monter en compétences, gagner en confiance, et créer du lien pour amplifier la valeur de la gestion de projets dans un monde digital. Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous sur thedpm.com/membership.
Aujourd’hui, nous allons parler de l’art sombre de présenter le travail d’un projet, et comment les chefs de projet peuvent soutenir leurs équipes pour présenter leur travail d’une façon claire pour les parties prenantes dirigeantes, sans passer des heures en préparation.
Aujourd’hui, je suis accompagné de Renaud Taburiaux, ancien chef de projet en agence, auteur et coach reconnu en présentation pour les professionnels de tout niveau – des architectes techniques jusqu’au comité de direction.
Renaud, merci beaucoup d’être avec moi aujourd’hui.
Renaud Taburiaux : Merci à vous pour l’invitation. Je suis ravi de discuter avec votre communauté, votre public, de ce sujet complexe qui nous cause à tous beaucoup de stress.
Galen Low : Et je suis content que vous l’évoquiez, car c’est un épisode où nous nous sommes réunis et avons listé des sujets brûlants autour de la présentation.
Et nous avons transmis cela à notre communauté pour collecter certaines de leurs questions, leurs difficultés concernant la présentation du travail projet, la prise de parole en public en général, la communication professionnelle. Merci d’avoir préparé tout cela avec moi à l’avance.
Et puis, il y a eu un flot d’autres questions que nous répondrons au sein de la communauté. Je suis enthousiaste à ce sujet.
Renaud Taburiaux : Oui, de très bonnes questions. Et on voit que beaucoup rencontrent des difficultés sur ce sujet. C’est bien que les gens n’aient pas peur de demander de l’aide lorsqu’ils ne savent pas faire. C’est vraiment encourageant.
Galen Low : Absolument. La force de la communauté.
Très bien. Je veux entrer directement dans ma grande question. Celle qui résume tout : pourquoi la présentation est-elle si importante en gestion de projet, et si c’est le cas, pourquoi n’est-elle pas enseignée ?
Renaud Taburiaux : Pourquoi est-ce important ? Je pense que pour votre communauté, chef de projet, mais aussi tout manager, très souvent nous devons diriger sans autorité. C’est quelque chose qu’on fait depuis des années. Et pour diriger sans autorité, il faut influencer, convaincre, surtout aujourd’hui.
Le management est de plus en plus participatif. On ne force pas les gens à faire leur travail, à suivre le backlog ou autre. Il faut les convaincre, leur montrer la valeur. Donc c’est participatif, à grande échelle. On a souvent d’énormes équipes. On peut parler de méthodologies type “Safe” avec des centaines de personnes sur une même application.
Il faut convaincre à grande échelle. Et souvent, c’est à distance. Il n’est plus étonnant aujourd’hui de travailler avec des collègues en Inde, au Canada, au Brésil. Influencer et convaincre font vraiment partie du métier. Et la présentation est l’un des outils-clés pour cela. Encore une fois, pas d’un à un, mais d’un à plusieurs. Voilà pourquoi il est essentiel de réussir ses présentations, même si ce n’est pas votre unique mission.
Vous avez d’autres tâches, donc il vaut mieux ne pas perdre de temps et être le plus efficace possible lors de la préparation.
Galen Low : J’adore ce raisonnement car, dans mon esprit, une présentation c’est monter et performer dans une salle de réunion.
On parle au sponsor exécutif ou à un groupe de parties prenantes. Mais ce n’est pas juste ça. Présenter, c’est partager une idée et rallier les gens à celle-ci. Ceux qui disent détester présenter devant une assemblée, en fait, en tant que chef de projet, on présente chaque jour.
On présente des idées à l’équipe. On pratique ce management d’influence, ce leadership collaboratif. On se présente des idées mutuellement. J’adore cette vision, je n’y avais pas pensé ainsi.
Renaud Taburiaux : Il faut amener l’équipe vers l’objectif, mais tout le monde ne le connaît pas. Tout le monde n’a pas la même vision d’ensemble qu’un chef de projet, qui, lui, sait ce que chacun fait. C’est important de donner une vision partagée pour leur efficacité. Nous faisons donc des présentations tous les jours, ce n’est pas forcément des slides. Je n’ai pas parlé de slide quand j’ai abordé la présentation.
Il s’agit vraiment de partager une idée, un message, raconter une histoire. Ça prend différentes formes, mais c’est le type de présentations que nous faisons au quotidien.
Galen Low : J’adore. Ça dédramatise la fameuse “grande” présentation. En fait, c’est comme toutes les autres présentations du quotidien sauf, ça demande les mêmes compétences.
Renaud Taburiaux : À la fin de la journée, ce n’est qu’une présentation. Même face au comité de direction, cela reste une présentation. Vos slides, la façon dont vous présentez ne vont pas forcément déterminer la réussite de votre objectif. Vous pourrez toujours rattraper le coup dans la discussion, en interaction directe, etc.
Pas la peine de s’inquiéter outre mesure. On rend souvent cela trop officiel. On écrit des buzzwords dans notre script. Ce n’est pas nécessaire. Cela doit rester humain. Les slides ne convainquent pas. Les gens convainquent les gens. Mettez donc cela en perspective, ce n’est “qu’une” présentation.
Galen Low : J’adore.
Je voudrais revenir sur la dimension de compétence, sujet qui a fait débat dans notre communauté. Toi comme moi, on a parlé de la formation à la présentation et personnellement, très peu de gens m’ont vraiment appris à bien présenter alors que tout le monde s’attendait à ce que je le sache.
Pourquoi est-ce ainsi ?
Renaud Taburiaux : Il y a plein de raisons, mais tu as raison. C’est une attente implicite. Je dis souvent, c’est comme écrire un email. On pense que tout le monde sait écrire un mail, mais on se rend compte tous les jours que ce n’est pas le cas : des mails trop longs, les messages clés noyés, car on ignore même ce qu’on demande au final.
On suppose parfois que c’est enseigné à l’université, mais non. On y apprend à faire des présentations académiques. En entreprise, c’est parfois enseigné, mais mal. Je vais me faire des ennemis, mais parfois le formateur est un comédien : c’est bien pour la posture, la voix, la gestion du stress... mais ça ne forme pas à la présentation business. On n’y apprend pas à structurer le message, les biais cognitifs à éviter ou utiliser... Bref, c’est souvent mal enseigné.
Et souvent, ce n’est pas votre faute. Il y a aussi beaucoup de mauvais exemples. Les présentations du leadership, de la direction, du service communication RH devraient être exemplaires, mais bien souvent, c’est catastrophique.
Ils lisent les slides, font du karaoké, ne savent pas toujours ce qu’ils veulent dire. On devrait s’inspirer d’eux pour la com, mais ce n’est pas le cas. Et comme eux non plus ne sont pas formés, on se retrouve avec cet état de fait. C’est donc rarement enseigné, et si ça l’est, c’est mal fait.
Galen Low : J’adore.
Renaud Taburiaux : (Je vais vraiment me faire des ennemis…)
Galen Low : Ce que j’aime, c’est ta passion. On sent que tu as beaucoup d’expérience et d’opinions sur la question, et qu’en fait, ça n’a pas à être ainsi.
Mais, qu’est-ce qui t’a donné envie de t’intéresser à l’art de présenter et de communiquer en entreprise ? Y a-t-il eu un moment déclencheur ?
Renaud Taburiaux : Oui, c’est un événement. J’ai commencé ma carrière en agence en 2010, à New York ou à Paris. Là-bas, tout était parfait : intelligent, drôle, clair. Designers, chacun savait ce qu’il devait dire ou faire. Après cinq ans, j’ai rejoint le monde corporate. Et là, choc : la communication semblait presque un gros mot.
Les gens n’aimaient pas ça, on disait “c’est lui qui gère la com…” et puis voilà. Beaucoup ne tentaient même pas de bien communiquer, ils évitaient le sujet.
Et ce n’est pas seulement la présentation, mais la communication en général. Ce qui me gênait vraiment, c’est que certains essayaient… et échouaient. Ils passaient des heures à préparer les slides et le script, mais c’était affreux. Stress pour eux, pénible pour le public. Tout le monde perdait son temps.
Quand je suis passé du monde agence au corporate, j’ai voulu utiliser tout ce que j’avais appris : gestion de projet, UX design, etc. J’ai mis en place mon propre cadre, la “Presentation Sprint”, pour préparer rapidement des présentations percutantes. Si tu me demandes pourquoi je suis passionné, c’est que ça me frustre de voir tant de gaspillage de temps pour des présentations inutiles ou trop longues.
On a mieux à faire que de perdre des heures sur les slides. On devrait pouvoir faire des présentations courtes, claires et rapides à préparer. C’est pour ça que ça me tient à cœur. Désolé si je suis trop passionné !
Galen Low : Non, c’est parfait ! C’est très éclairant, car souvent, celui qui s’applique, essaie de bien faire sans soutien, passe des heures sur la préparation puis échoue – et personne n’y prend plaisir. J’ai aussi travaillé en agence et, même si je n’ai jamais eu de formation formelle, les mentors m’ont beaucoup accompagné, car en agence, on prend le storytelling au sérieux : il faut montrer la valeur de son travail car un client paye. Mais dans bien des organisations, la com est médiocre, il n’y a pas de bons standards, et il est difficile de progresser, car seuls dans la forêt, on improvise sans boussole.
Renaud Taburiaux : Oui, et bien souvent, les efforts ne sont même pas remarqués. Donc, si on n’est pas équipé pour faire court et clair, la démotivation arrive vite : “Ah, j’ai fait Toastmasters et pourtant mes présentations restent confuses, mes slides saturés de texte… Je ne sais pas comment faire.” Les petits pas apportent peu de valeur si on ne sait pas lesquels faire ni dans quelle direction aller.
Pourtant, ça se règle facilement, pas à pas. Mais comme tu l’as souligné, personne ne nous dit comment. Alors oui, c’est frustrant !
Galen Low : Voilà qui fait écho à notre discussion préalable. Tu parlais de Toastmasters, et je te disais que beaucoup de membres de ma communauté s’y intéressent pour devenir de meilleurs orateurs.
Et tu disais que Toastmasters, ça apprend surtout à se présenter soi-même, pas forcément à structurer son message ni à naviguer entre les biais de l’auditoire (ou les siens). C’est utile, mais ce n’est qu’un aspect.
Renaud Taburiaux : Exactement. Toastmasters donne de la pratique (“des reps”). Car si tu n’as pas l’opportunité de prendre la parole dans ton job, tu te rouilles, tu n’oses pas échouer et apprendre. C’est donc bien, mais ce n’est que la dernière étape du processus : la prestation. Pas le pourquoi, ni le quoi, ni la structuration. Or, ce n’est pas forcément ce dont la majorité des professionnels ont besoin au début.
Galen Low : Entrons dans le vif du sujet. Tu as évoqué la “Presentation Sprint”. Je suis intrigué. Peux-tu expliquer ton approche pour les présentations projets ? Peut-on prendre un exemple concret ? Comment utilises-tu ton cadre de sprint ?
Renaud Taburiaux : Oui, bien sûr. Prenons deux exemples côté chef de projet. Tout commence par l’audience et par l’impact que vous souhaitez avoir. Il y a par exemple la présentation pour obtenir une validation : budget, roadmap ou lancement d’un nouveau projet. Ou pour motiver (on parle alors d’“all hands”), plus axé sur la vision, moins sur les détails. Ou encore rassurer les parties prenantes en montrant ce qui a été fait pendant le sprint ou lors d’une revue business. Il y a donc beaucoup de types de présentation.
La méthode, pour moi, est simple : trois étapes, connues de tous. Penser, construire et délivrer. D’abord penser : pourquoi présentez-vous ? À qui ? Quel est votre message ? Il faut penser avant de construire – règle fondamentale souvent oubliée. On a tendance à foncer sur PowerPoint ou Google Slides sans savoir vraiment ce qu’on veut dire. On s’échine à créer des slides, sans sens derrière. Il faut donc se concentrer sur le pourquoi.
Une fois que le pourquoi est clair, la structure définie, le contenu esquissé, on passe à la construction : le script, le contenu, les slides. Le “quoi”.
Enfin, délivrer. C’est là où interviennent Toastmasters : la prise de parole, la gestion du stress, du corps, de l’interaction. Car parler est aussi un acte physique. Tout cela doit s’apprendre.
Ce qui est amusant, c’est que, venant de l’agence, on sait faire ces trois étapes. On parle d’agilité, d’UX, et pourtant en corporate, on prépare la présentation en mode “cycle en V” : on passe des heures dessus, puis lorsqu’elle est parfaite, on la partage. Ce n’est pas la bonne méthode. Il faudrait faire itératif et incrémental. Je pense, puis je construis, puis je partage l’outline. J’échange avec mon sponsor, je peaufine le contenu, puis le design.
Voilà le cadre que je préconise. Pensez avant de construire, allez lentement, demandez des feedbacks tôt, préparez votre livraison, les interactions, la gestion du stress, des questions. Pensez, construisez, délivrez – on le fait tous, il suffit de l’appliquer à la “Presentation Sprint”.
Galen Low : J’aime beaucoup.
Pour jouer l’avocat du diable, nous avons commencé par chercher à réduire le temps de préparation. Certains diront : tout cela fait sens, mais cela semble plus long (ou aussi long) que ce que je fais actuellement. En quoi cette méthode de sprint permet-elle de gagner du temps ?
Renaud Taburiaux : Très bonne question ! Ça peut sembler long, mais ce n’est pas le cas. Si vous connaissez votre message et votre public, la phase réflexion ne nécessite pas des heures d’atelier. En quelques minutes, vous pouvez répondre à 8 ou 9 questions avant d’ouvrir PowerPoint. Le problème, c’est que la plupart ne le font pas et foncent sur la construction. C’est là qu’on perd du temps, car on ne sait pas ce qu’on veut exprimer.
En enchaînant rapidement ces étapes, l’impact est supérieur. La construction devient facile si vous savez déjà quoi dire : une structure papier, sur un Post-it ou Miro Board suffit. Les slides s’enchaîneront vite. Vous aurez une présentation “minimum viable” rapidement, à affiner ensuite selon les retours. Vous dépenserez donc beaucoup moins de temps et éviterez les coûts irrécupérables de slides jetés au dernier moment.
Ça peut sembler beaucoup, mais ce ne sont que trois étapes. Vous n’avez pas à trainer sur chacune. Sautez directement à la construction, et vous gaspillerez beaucoup de temps. Si vous négligez la livraison, vous perdez en impact à cause du stress, des questions auxquelles vous n’êtes pas préparés. Donc, c’est trois étapes : pensez, construisez, délivrez. Faites-les, même rapidement, vous serez gagnants.
Galen Low : C’est très parlant, car je pense à tous les slides créés puis jetés – je serais riche si je récupérais 5 centimes à chaque fois !
Il y a aussi le côté rassurant des slides : on pense que c’est réfléchir… En agence, on va à l’essentiel ; dans le corporate, on transforme chaque slide en mini-roman imprimé en police 8, ce qui prend un temps fou – pour finir souvent à la poubelle ou en annexe.
Renaud Taburiaux : Ce qui est pire encore, c’est quand personne ne dit de retirer la slide : on finit par la présenter malgré tout.
Galen Low : Oui, et après on n’a plus le temps pour ce qui était vraiment important.
Renaud Taburiaux : Exactement. Si vous voulez investir du temps, faites-le dans les répétitions. C’est là que l’impact est maximal – mais la plupart ne le font pas. On écrit tout, car on reçoit parfois des modèles très remplis “Remplis tout ça !”, alors on fait du karaoké… Cela rassure, donne une impression de travail, mais c’est souvent une façon d’éviter l’effort difficile de ralentir et réfléchir vraiment à ce qu’on veut dire.
C’est difficile si on n’a jamais appris à le faire. C’est plus facile de copier-coller des slides déjà faites et espérer que ça ira… Peut-être, mais probablement pas.
Galen Low : Je souscris totalement.
Renaud Taburiaux : Je n’ai jamais vu une présentation improvisée bien se passer. C’est généralement catastrophique, pour l’orateur comme pour l’auditoire. Ça ne doit pas être à somme nulle, tout le monde devrait y gagner.
Galen Low : Absolument.
J’aimerais creuser la troisième étape, “livrer”. On pourrait se dire qu’il suffit de “faire le show”, mais pour toi, livrer, c’est aussi prévoir comment tu vas présenter, répéter… Peux-tu détailler cet aspect plus “en équipe” ? Car dans certains cas, c’est à plusieurs voix et la répétition en équipe prend beaucoup de temps. Comment préparer (livrer) efficacement en équipe, sans passer 36 heures enfermés tous ensemble ?
Renaud Taburiaux : Oui, il y a deux sujets : la préparation de la livraison (livrer) et aider les autres à s’y préparer. Si vous passez beaucoup de temps à répéter, c’est probablement que ce n’est pas fait comme il faut. Ce que je recommande, c’est de faire une vraie répétition intégrale : on commence au début et on va jusqu’à la fin, sans interruption. Normalement, beaucoup s’arrêtent à la moindre hésitation, mais il faut continuer. Même si le script n’est pas fini, on improvise. La majorité des slides sont là pour du 20 à 30 minutes max – au-delà, on perd son public.
Donc pour une présentation de 20 minutes, une répétition prend 20 minutes, puis 10 à 20 minutes de débrief, et c’est fini. Mais la plupart ne font pas de vraie répétition, ils font plutôt un “read through” slide par slide, mais sans jamais parler à voix haute. Or à l’oral, on se rend compte que ce n’est pas fluide, qu’on ne sait pas où insister, quand marquer une pause… On doit s’y entraîner à l’avance !
La répétition, c’est échouer en privé pour réussir en public. Voilà pour la partie individuelle. Il faut vraiment faire une répétition en continu ; si on est perdu, c’est normal – improvisez, comme le jour J. Vous verrez ce qui fonctionne et pourrez ajuster ensuite. Si possible, faites un second passage le lendemain, mais évitez trop de répétitions à la suite, c’est fatigant. À force, cela deviendra plus simple et naturel.
N’oubliez pas : l’oral, ce n’est pas de l’écrit. Certaines phrases écrites “sonnent mal” en oral. Jusqu’à la répétition, tout n’est qu’hypothèse : durée, transitions, messages… La répétition seule vous éclaire et mieux vaut se tromper en répétition qu’en live !
Galen Low : J’aime beaucoup la logique du “on va jusqu’au bout”, car j’ai vu trop de séances de préparation où on ne dépassait jamais la première partie – et on n’avait aucune vision d’ensemble. Et j’aime bien aussi l’importance des transitions.
En agence, si on n’avait pas le temps de tout répéter, on se concentrait au moins sur les transitions, car c’est là où ça devenait vraiment malaisant… Passer la main, etc.
Renaud Taburiaux : C’est encore plus important : il y a les transitions entre les intervenants, mais aussi entre les slides et les messages. Beaucoup font une présentation avec dix histoires déconnectées – une slide, un discours ; puis une autre… On perd l’audience. Il faut lier les slides comme les chapitres d’une histoire.
Par exemple : “...et c’est ce qui nous amène à… [slide suivante].” Ces petites transitions changent tout, elles rendent la présentation cohérente.
Galen Low : En fait, comme tu l’as dit en introduction, il s’agit d’emmener l’auditoire vers un but, de ne pas juste lire une slide mais de donner du sens.
Renaud Taburiaux : Exactement. J’aime dire : la présentation business n’est pas là pour informer, mais pour transformer. Ce n’est pas une formation, ce n’est pas un rappel de backlog. Non, expliquez comment tout se rattache, pourquoi c’est important, quelle valeur pour l’utilisateur, le client. Si c’est juste une liste de tâches, envoyez un email ! Ne gaspillez pas votre temps et l’énergie de vos auditeurs.
Galen Low : J’aime ce que tu dis : le temps ensemble lors d’une présentation est précieux, presque sacré. Mal vécu, c’est gênant et intimidant, mais bien fait, c’est une vraie valeur ajoutée.
Renaud Taburiaux : Oui, je suis passionné, donc arrêtez-moi si je vais trop loin ! Il faut voir la présentation comme un acte de service, pas d’ego. Vous êtes là pour résoudre UN problème du public. Par exemple, obtenir une validation de budget : que retire l’auditeur de votre exposé ? Changez de perspective : la présentation doit apporter de la valeur. Une fois cette vision acquise, vous serez moins stressé, cadrerez votre propos selon leur point de vue, et augmenterez votre impact.
Comme tu l’as dit, une présentation est à la fois inestimable et très coûteuse : dix personnes réunies une heure, ce ne sont pas une mais dix heures perdues potentiellement… Donc, soyez concis, allez à l’essentiel, mettez-vous à la place du public pour vraiment apporter de la valeur et gagner en confiance.
Galen Low : J’adore.
Renaud Taburiaux : Je n’ai pas répondu à ta question sur “comment aider” – veux-tu qu’on creuse ?
Galen Low : Oui ! J’aimerais aborder le cas où des membres de l’équipe ne sont pas à l’aise, sont intimidés par la prise de parole. Tout le monde n’a pas une culture “agence” de storytelling, et beaucoup de chefs projets se retrouvent à devoir faire présenter l’équipe où certains ne s’en sentent pas capables, même s’ils sont experts techniques. Comment un chef de projet peut-il faire briller ces co-présentateurs ?
Renaud Taburiaux : Bonne question. Effectivement, en tant que chef/projet/produit, on aide souvent d’autres à préparer leurs présentations. D’abord, il faut savoir que si quelqu’un ne veut pas être aidé, vous ne pourrez pas l’aider (principe de coaching de base). Inutile d’insister !
Ensuite : n’apportez pas de retour (feedback), posez des questions. Vous n’êtes peut-être pas expert en présentation ! Mais votre regard extérieur est crucial, non pour dire quoi faire, mais pour aider la personne à y réfléchir elle-même. Adoptez la posture de coach.
Quand quelqu’un vous montre sa présentation, demandez alors (avant de la voir !) : “Qui est le public ? Quel est l’objectif ?” Parcourez ensuite les slides ensemble, et remontez régulièrement à ce fil rouge : “Ce que tu dis là, en quoi cela sert-il ton message de base ?” Ce ne sont pas des questions rhétoriques : parfois, le lien existe mais on ne le perçoit pas ; souvent, on réalise que ce n’est pas important et on élimine, sans jugement. Toujours questionner !
C’est la même chose pour le jargon : “Le public connaît-il cet acronyme ? Que veulent-ils retenir ?”
Parfois, quand c’est vraiment confus, je pousse la personne à verbaliser ce qu’elle souhaite dire réellement (“Alors, qu’est-ce que tu veux communiquer ?”) – souvent, ils livrent une version bien plus simple et claire (“En fait, on utilise ChatGPT pour améliorer notre code”). Dites-le comme à un collègue ou un ami ! Facilitez cette démarche par le questionnement.
Galen Low : J’aime la logique du balancier, car dans mon équipe, beaucoup sont très techniques : jargon d’un côté, et en tentant d’être accessible, ils surcompensent et risquent de tomber dans un discours commercial/superlatif, tout en oubliant les liens logiques. “Comment cela se rattache-t-il au reste ?” – c’est capital, et parfois, c’est tellement évident pour la personne que ça lui échappe.
Renaud Taburiaux : C’est la malédiction du savoir : plus on maîtrise un sujet, plus ce qui est évident pour nous ne l’est pas pour l’audience. On le voit chez les dirigeants : ils pensent que la stratégie de l’entreprise va de soi… mais seul le PDG s’y retrouve. Il faut ce regard externe et poser des questions pour clarifier.
Galen Low : J’aime l’idée de poser les bonnes questions dès le départ. Trop souvent, on attend la fin de la présentation pour donner un feedback, alors que connaître l’audience, l’objectif, permet de cadrer tout le travail et de donner du sens à la suite !
Renaud Taburiaux : Lors de mes coachings en répétition, j’invite plusieurs profils : quelqu’un qui connaît, d’autres non, le plus proche possible du public réel. Et je précise : c’est une répétition complète, pas d’interruption, on se met dans la peau du public (ex. : “Aujourd’hui, vous êtes client de tel service…”). Cela permet de cadrer les retours, de contextualiser. Trop souvent, on va directement sur les slides, sans ce travail préalable.
Galen Low : Et le résultat est seulement “correct”…
Renaud Taburiaux : Parfois, c’est assez, il faut progresser, pas être parfait. Parfois, dire à quelqu’un de tout refaire décourage. Au contraire, valorisez les petits pas (“Beaucoup de texte ici, en as-tu besoin ? Non ? Ok, allégeons !”). De toutes façons, on fait beaucoup trop de présentations ! On aura d’autres occasions de progresser.
Galen Low : J’aime cette approche : l’important n’est pas la perfection, mais le progrès, le message et l’audience. Même si tout n’est pas exact, tant qu’on transmet l’idée, le projet avance et l’orateur s’améliore.
Renaud Taburiaux : Oui. Pour la phase “Penser”, j’ai créé un canvas de 10 questions à se poser avant même d’ouvrir PowerPoint. Par exemple : “Qui est l’audience ? Quel est l’objectif ? Quels sont les 3 messages à retenir ?” Si vous avez ces réponses, même si la technique (projecteur ou autre) fait défaut, vous pourrez délivrer l’essentiel : à l’oral, à l’improviste, ou en 30 minutes. Mais sans ce travail en amont, vous serez perdu à la moindre contrainte.
Galen Low : J’aime l’idée “d’intérioriser”, pas “mémoriser”. Moi-même, je bloque si je dois tout mémoriser, mais si j’intériorise via des mots-clés, c’est bien plus naturel. En agence, on nous apprenait même à présenter sans slide pour se remettre dans la posture de “parler sans filet”.
Renaud Taburiaux : Les slides sont utiles pour illustrer, notamment pour les chiffres. Trois points-clefs sur une slide suffisent – c’est un appui visuel, redondant pour la mémoire. Mais la présentation ne doit pas reposer sur le slide. Il faut avoir intériorisé le message. Slides ou non, vous devez pouvoir livrer ce message.
Galen Low : Un slide pour le public, pas pour soi !
Renaud Taburiaux : Exactement. Cela peut aider à ne rien oublier, rassurer. Répétons-le : ce n’est qu’une présentation business. Ce n’est pas un oral du bac, vous pouvez répondre plus tard ou approfondir ensuite. Si la slide vous aide, utilisez-là, mais sans tout miser dessus.
Galen Low : Ce n’est pas Broadway, ni une audition parlementaire…
Renaud Taburiaux : Voilà !
Galen Low : Pour les personnes peu à l’aise, rappelles-leur que ce n’est “qu’une” présentation. Il faut relâcher la pression, parler à des humains, partager un message. Si on oublie quelque chose, le public ne s’en aperçoit pas. Ce changement de mindset réduit beaucoup le stress. Et une ou deux répétitions à voix haute, c’est suffisant. J’ai coaché beaucoup de profils IT très mauvais à la base, et après le “Presentation Sprint”, ils étaient ravis : excités, non plus stressés d’intervenir !
Galen Low : On en revient à ta conclusion du départ : on présente tout le temps. L’orale “formelle” n’est qu’une version parmi d’autres ; il faut la dédramatiser. Pour ceux qui veulent progresser, quel est le meilleur premier pas pour faire évoluer la culture de communication d’affaires ?
Renaud Taburiaux : Sans surprise, je recommande d’adopter les trois étapes du cadre. Pas besoin d’acheter quoi que ce soit : pensez avant de construire, avancez lentement, sollicitez un feedback précoce et préparez la livraison. Appliquez cela à tous vos messages (mails, vidéos, etc.), et vous serez largement en avance. Cela vous fera gagner des heures que vous auriez perdues à peaufiner l’inutile.
Soyez exemplaires, n’attendez pas des autres ce que vous ne faites pas. Commencez petit, mais commencez tout de suite. Ne serait-ce que lister par écrit les 3 messages à retenir : cela change tout pour la suite (structure, slides, etc.). Puis, avec le temps, améliorez les slides, allégez le visuel, etc. Mais commencez !
Galen Low : J’adore, c’est l’itération !
Renaud Taburiaux : Exactement. Dans nos projets, on fait des sprints : un à la fois, puis feedback, tests, etc. alors qu’en présentation, ce réflexe n’existe pas toujours. Appliquez-le aux présentations !
Galen Low : D’où le nom “Presentation Sprint”, ton livre !
Renaud Taburiaux : Oui ! Sprint parce que c’est court, concentré : quelques heures suffisent pour préparer en étant méthodique, étape par étape. C’est aussi un sprint car on recommence après chaque livraison – une “rétro”, noter les axes d’amélioration pour la prochaine fois. Peu pratiquée, cette rétro est pourtant essentielle (quelques minutes pour débriefer, “comment t’es-tu senti ? quels axes d’amélioration ?”). On retrouve là le principe agile. C’est ce qui fait le “sprint” : boucle continue !
Galen Low : J’adore !
Renaud Taburiaux : On va s’arrêter là !
Galen Low : J’ai plein de questions de la part de ma communauté ; on y répondra dans le forum, car on manque de temps aujourd’hui. Pour ceux et celles qui ne sont pas membres, où peuvent-ils en savoir plus sur le livre et sur toi ?
Renaud Taburiaux : Oui, le livre (voici la couverture pour ceux qui ont la vidéo…) est disponible sur Amazon, ou sur presentation-sprint.com. Les outils (canvas, workflow, checklists) sont accessibles gratuitement sur presentation-sprint.com, pas besoin d’acheter le livre pour commencer. Améliorez vos présentations, commencez petit ; si vous voulez approfondir la structure, la gestion du stress, les conseils, tout est dans le livre. Vous pouvez télécharger le premier chapitre sur le site.
Contactez-moi si vous souhaitez que je vienne faire une mini-présentation à votre équipe. Ça me fait plaisir de partager cette méthodologie. Retrouvez sur mon site mon LinkedIn et mon mail. Commencez petit, mais commencez !
Galen Low : Top, je mettrai tous les liens dans les notes d’épisode ci-dessous.
Renaud, merci beaucoup d’avoir partagé tout cela avec moi, c’était un vrai plaisir !
Renaud Taburiaux : Merci à vous. Je pense qu’on partage beaucoup de frustrations et de mauvaises habitudes côté gestion de projet, donc ravi de pouvoir aider votre audience à progresser !
Galen Low : Un vrai échange thérapeutique, merci !
Voilà, vous l’avez compris ! Comme toujours, rejoignez la conversation avec plus de mille passionnés de gestion de projet dans notre collectif ! Rendez-vous sur theDPM.com/membership pour en savoir plus. Si vous avez aimé cet épisode, abonnez-vous et retrouvez-nous sur thedigitalprojectmanager.com. À la prochaine, merci pour votre écoute !
