Dans le domaine en constante évolution de la gestion de projet, les professionnels s’interrogent souvent sur la meilleure voie vers le succès. Doivent-ils se spécialiser dans un domaine précis ou acquérir une gamme diversifiée d’expériences ?
Galen Low s’entretient avec Jean Kang—Senior Program Manager chez Figma & fondatrice de Path To PM—pour évoquer son parcours jalonné de changements de carrière et comment chacun de ces changements a contribué à son rôle actuel.
Points forts de l’entretien
- Path To PM : le parcours de Jean [01:37]
- Objectif : Donner les moyens et faire grandir la prochaine génération de leaders de projets (chefs de programme, chefs de projet, etc.)
- Lancé en réponse à des questions concernant le parcours de Jean et l’intérêt pour la voie de la gestion de programme.
- Jean a effectué plusieurs réorientations professionnelles, environ sept en moins de dix ans, ce qui a influencé sa manière d’enseigner et de parler de gestion de projet.
- Le rôle du regard extérieur dans le développement de carrière [04:07]
- Met en avant la nécessité d’aider les personnes à naviguer dans des parcours de carrière variés, dans un domaine où les règles traditionnelles peuvent ne pas s’appliquer.
- Le changement de discours sur le marché du travail est souligné, acceptant des aspects autrefois tabous comme les changements d’emploi fréquents, et Jean se sent désormais libre d’assumer son identité, se retrouvant dans les récits d’autres sur des plateformes comme LinkedIn.
- Jean confirme que les parcours professionnels ne sont pas toujours linéaires, citant la gestion de projet et de programme comme exemple où l’on navigue souvent sans voie prédéfinie.
- Le premier emploi de Jean et son influence sur son rôle actuel [06:45]
- Jean a débuté par un poste en vente d’entrée, où elle faisait de la prospection téléphonique et organisait des démonstrations pour les chargés de compte.
- Jean n’était pas faite pour la vente, mais a développé des qualités telles que la résilience, qu’elle met encore à profit aujourd’hui en tant que chef de programme.
- Des qualités développées lors de son premier poste, comme la résilience, la ténacité, la combativité et l’acceptation de l’ambiguïté, sont essentielles à son poste actuel dans le secteur SaaS.
- Jean met en avant l’importance de ne pas craindre le rejet, de garder de la ténacité et du courage, et d’embrasser l’ambiguïté, éléments qui contribuent à sa réussite lors de ses diverses transitions professionnelles.
- Transition vers la gestion de projet et de programme [09:40]
- Jean raconte son passage de la vente à la gestion de projet, en mettant en avant son rôle de client solutions manager chez Pinterest où elle a de fait assumé des responsabilités de chef de projet.
- Bien qu’elle n’ait pas eu le titre officiel, Jean a saisi l’occasion de diriger un projet clé, démontrant ses compétences de gestion : élaboration de plans, dynamisation des équipes, organisation des réunions et gestion des risques.
- La confiance acquise lors de cette expérience, couplée à sa capacité à mettre en avant des compétences transférables, a permis à Jean de devenir chef de programme.
- Jean reconnaît la difficulté de la courbe d’apprentissage, mais insiste sur l’importance de savoir s’accorder de la bienveillance, de demander de l’aide quand nécessaire et de continuer à grandir au sein du poste.
Accordez-vous de la bienveillance et acceptez de ne pas tout savoir. Développez la ténacité pour continuer, résoudre les problèmes, demander de l’aide quand c’est nécessaire, et vous améliorer continuellement au travail.
Jean Kang
- La valeur de l’expérience professionnelle diversifiée [15:52]
- Jean conseille de bien comprendre le périmètre général des missions du chef de projet et de réfléchir aux raisons de vouloir exercer ce métier.
- Elle suggère d’adopter une approche projet et de trouver comment mettre en avant des expériences transposables en gestion, même issues d’autres domaines.
- Jean partage des conseils pratiques dédiés aux personnes aux parcours variés, comme les enseignants, en leur recommandant de valoriser la gestion des parties prenantes, l’organisation d’événements et la présentation de résultats mesurables.
- L’importance de connaître la raison profonde de son choix et de valoriser les compétences humaines, comme la communication, la résolution de conflits et la collaboration efficace, est soulignée.
Ce qui rend votre parcours captivant, c’est d’avoir un résultat mesurable. Il ne s’agit pas seulement de concevoir des plans de projet ou des matrices RACI ; il faut aussi exprimer clairement les impacts que vous avez eus.
Jean Kang
- Le rôle de l’éducation dans la gestion de projet [22:50]
- Jean plaide pour l’apprentissage continu et reconnaît la valeur de l’éducation, mais insiste sur l’importance de l’expérience professionnelle et des compétences comportementales pour réussir en gestion de projet.
- Elle partage une histoire où un chef de projet certifié manquait de soft skills et n’est pas resté longtemps dans un poste, à l’opposé de personnes autodidactes qui se sont concentrées sur l’apprentissage en situation.
- Réflexions sur les changements de carrière [26:31]
- Jean revient sur ses reconversions professionnelles, déclarant qu’elle ne regrette aucune d’entre elles.
- Elle souligne l’importance d’être prêt à faire des compromis et à prendre des décisions difficiles dans sa carrière comme dans la vie.
- Jean ajoute qu’il y a toujours une part d’ambiguïté lors des choix professionnels et qu’il est primordial de miser sur soi-même et de faire confiance à sa capacité à s’adapter, même si les résultats sont incertains.
Rencontrez notre invitée
Jean Kang est une coach de carrière innovante et une experte des reconversions professionnelles, ayant elle-même changé de parcours sept fois, et elle ouvre la voie aux futurs responsables de programmes.
Jean a travaillé dans la gestion de projet/programme et les opérations au sein de grandes entreprises telles que Meta, Pinterest, Intuit, LinkedIn et désormais Figma. Elle est la fondatrice et PDG de Path to PM, un service de coaching qui aide les personnes en reconversion et les aspirants professionnels de la gestion de projet à décrocher leur emploi de rêve sans certification PMP. Sur LinkedIn, Jean partage quotidiennement des conseils précieux sur la gestion de projets/programmes et la carrière. Elle est également la créatrice d’un cours populaire sur Maven, aidant les professionnels à passer à la gestion de programme. Sa newsletter hebdomadaire riche en contenu et son guide proposent des conseils pratiques pour mener avec impact des programmes et booster votre carrière.

Il est important de comprendre l’étendue générale des responsabilités d’un chef de projet avant de se lancer sur cette voie
Jean Kang
Ressources de cet épisode :
- Rejoignez la communauté Digital Project Manager
- Abonnez-vous à la newsletter pour recevoir nos derniers articles et podcasts
- Contactez Jean sur LinkedIn
- Découvrez le cours « Pivot to Program Management » de Jean et le cours LinkedIn Learning « Project Management Power Moves : Leading with Influence »
- Inscrivez-vous à la newsletter de Jean
Articles et podcasts associés :
Lisez la transcription :
Nous essayons de transcrire nos podcasts à l'aide d'un logiciel. Merci de nous excuser pour les éventuelles fautes, le robot n'étant pas précis à 100 % du temps.
Galen Low : Bonjour à tous, merci de nous écouter. Je m'appelle Galen Low de The Digital Project Manager. Nous sommes une communauté de professionnels du digital qui a pour mission de s'entraider à développer ses compétences, à prendre confiance et à tisser des liens, afin de renforcer la valeur de la gestion de projet dans un monde digital. Si vous souhaitez en apprendre davantage, rendez-vous sur thedigitalprojectmanager.com.
Aujourd'hui, nous allons parler du type d'expérience professionnelle nécessaire pour décrocher un poste de chef de projet digital — et plus précisément répondre à la question de savoir s'il vaut mieux avoir une expérience approfondie et spécialisée, ou des expériences variées — et comment chaque approche peut nécessiter une stratégie différente pour obtenir le poste de ses rêves.
Je suis rejoint aujourd'hui par Jean Kang, Responsable principale de programme chez Figma, formatrice LinkedIn Learning et Maven, et peut-être plus connue comme la fondatrice et le visage de Path To PM — où elle aide les professionnels à effectuer leur transition vers la gestion de programme et à s'épanouir dans leur carrière.
Jean, merci d'être avec nous aujourd'hui.
Jean Kang : Je suis très heureuse d'être ici. Merci de m'accueillir.
Galen Low : Sachez que j'ai un peu « stalké » Jean, parce que Jean, tu fais vraiment sensation. Tu défends fièrement la gestion de projet et de programme. Tu es présente sur LinkedIn. Tu as une newsletter hebdomadaire. Tu es très active, et à mes yeux, une défenseuse respectée du métier.
J'ai donc voulu t'inviter dans l'émission pour que l'on puisse creuser ensemble. Car je pense que tu as une histoire intéressante à raconter et nous allons parler de la notion d'expérience professionnelle et de son intérêt pour obtenir soit son prochain poste de chef de programme, soit même un premier poste de coordinateur de projet, et comment on peut construire ce récit.
Mais avant de commencer, peux-tu nous dire quelques mots sur Path To PM et ce qui t'a motivée à lancer cette initiative ?
Jean Kang : Path To PM, c'est une marque que j'ai créée pour accompagner et développer simplement la prochaine génération de chefs de projets, de responsables de programme, de chefs de projet digitaux, etc.
La raison pour laquelle j'ai créé cette marque, c’est qu’environ un an auparavant, des gens ont commencé à m’envoyer des messages privés au sujet de mon parcours, de la façon dont j'ai pu effectuer mes changements et travailler dans différentes entreprises. Et surtout, beaucoup voulaient savoir comment ils pouvaient eux aussi évoluer dans cette filière de gestion de programme.
Galen Low : J’adore. Les gens viennent directement dans tes messages privés pour en savoir plus sur ton histoire ?
Jean Kang : Exactement, oui. Certains sont très directs. Et parfois je recherche cela aussi. J'ai aimé l’honnêteté des gens et, franchement, ils tentaient leur chance et bravo à eux.
Galen Low : Tout à fait. On parle beaucoup de la recherche d'emploi.
On évoque les sites d'annonces et tout le monde est sur Indeed ou LinkedIn à consulter les offres. Un ATS va scanner vos trucs, etc. Mais, fondamentalement, il y a ce côté humain qui consiste à aller à la rencontre de personnes, découvrir leur métier, comment elles ont décroché leur job.
Parfois il suffit d’apprendre en écoutant le parcours de quelqu’un, ce qui l’a mené à sa profession actuelle. Ce n’est pas seulement rédiger le bon CV ou décrocher un entretien. C’est aussi comprendre ce que l’on veut faire et comment y arriver. C’est très intéressant.
Tu as évoqué dans ta carrière le nombre de pivots que tu as réalisés. Et j’ai vu dans un de tes articles que tu en as fait sept en moins de dix ans, et tu l’assumes complètement. Cela influence ta façon d’enseigner et de parler de gestion de projet.
Qu’est-ce qui t’a poussée à choisir ce point comme pilier de ton histoire et de ton activité ?
Jean Kang : Très bonne question. Et pour faire court, ce n’est pas moi qui ai eu cette idée. Je n’ai pas compté d’emblée le nombre d'évolutions ou de postes occupés. C’est venu d’un de ces messages privés qui m’a dit : « Jean, tu as tellement changé d’entreprises différentes ! Je n’ai pas vu souvent ça, j’aimerais connaître ton histoire. » Ce fut une révélation. J’ai réalisé que oui, j’avais beaucoup bougé dans ma carrière, j’avais de nombreux logos d’entreprise à mon actif. J’ai donc décidé d’en faire ma marque. Grâce à ces messages.
Galen Low : Bravo à toi d’être parvenue à en faire un business ! J’aime bien cette optique extérieure qui fait prendre conscience de ses forces. Tu aurais pu dire « non, j’ai un parcours très linéaire, merci ». Mais tu assumes totalement tes pivots et chaque chemin est unique, il n’y a pas nécessairement d’ascension classique.
C’est important d’en parler et d’aider les gens à naviguer dans cet univers où, très souvent, on nous dit : « Non, prends le poste A, qui t’amènera au poste B, puis C, puis D. » Tu recevras ton stylo et ta montre après 45 ans…
Mais cela n’existe plus et nos mentalités n’ont pas toujours évolué aussi vite. Beaucoup de métiers sont complexes et les parcours, non linéaires.
Jean Kang : Oui, une carrière linéaire… je suis d’accord.
Et même aujourd’hui, le discours change concernant la vision, par exemple, qu’on a longtemps portée sur le « saut de puce professionnel ». Il y a quelques années, c’était mal vu. Probablement pour cela, d’ailleurs, que je ne m’identifiais pas comme telle. Maintenant, je me sens encouragée à l’assumer et, avec Linkedin, je constate que ça parle à beaucoup. Beaucoup n’ont pas de parcours linéaire, même en gestion de projet/programme. Très souvent, on est plongé dans le bain, on apprend sur le tas, et voilà où on en est. Cela parle à beaucoup.
Galen Low : Absolument. Dans notre communauté, nombreux sont ceux qui se décrivent comme « PMs accidentels ». On n’a pas demandé ce rôle, on n’a pas fait d’études pour ça, on était juste là au bon ou mauvais moment ! Quelqu’un nous dit : « Tu peux piloter cela ? Tu es bon.ne en X, Y, Z. » On accepte et on devient chef de projet. Beaucoup d’entre nous avaient pourtant un parcours bien différent. Je pense que ce mélange et cette diversité d’expérience sont un atout.
Voilà, c’est mon opinion ! Fin du débat. Mais j'aimerais qu’on parle de ton parcours, car tu vis à San Francisco et j’imagine que tu avais beaucoup de possibilités en sortant de l’école. Quel a été le premier poste dans cette trajectoire aux nombreux pivots ?
Et qu’as-tu appris de cette expérience que tu utilises encore aujourd’hui en tant que responsable de programme dans le monde du SaaS ?
Jean Kang : Mon tout premier emploi après mes études était dans la vente : représentante développement commercial. En gros, c’est de la prospection téléphonique, appeler des entreprises et planifier des démos pour que les commerciaux concluent les ventes. Faire partie du terrain commercial.
Je n’étais pas faite pour la vente, mais les qualités que j’ai gardées de ce poste et que j’utilise toujours sont la résilience — affronter beaucoup de refus, donc je n’y prête plus attention. C’est en partie pour cela que j’ai réussi mes pivots : je n’avais pas peur d’essuyer des refus et je continuais. C’est essentiel aussi bien pour la recherche d’emploi que la gestion de programme. Si on dit non, ce n’est pas personnel, on continue, on cherche d’autres solutions, mais on n’abandonne pas.
Ensuite, il y a la ténacité et la persévérance. Il faut continuer sans fléchir. Autre point important, c’est d’accepter l’incertitude. En vente, on ignore à quoi s’attendre. En gestion de programme pareil, on dirige des projets dont on ne sait pas s’ils réussiront, qui ils impacteront, ni avec qui on travaillera. Mais il ne faut pas en avoir peur. Il faut foncer. C’est très motivant pour moi, je suis du genre à relever tous les défis quels qu’ils soient, je vais y arriver, même si je ne sais pas comment au début.
Galen Low : J’adore ta synthèse sur la persévérance. Oui, c’est souvent sous-estimé. On pense que la gestion de projet c’est juste tout organiser, tout prévoir, mais la capacité à s’adapter, la ténacité sont bien plus importantes. Même pour recruter, je préfère quelqu’un qui a connu l’échec, qui sait rebondir, que quelqu’un qui n’a connu que des succès. Cela ne me dit pas comment il ou elle fera face à l’adversité.
En surface, le métier consiste à faire en sorte que tout suive son plan, mais dans la réalité, il s’agit de s’ajuster, d'adapter le plan et de savoir s’en sortir malgré les embûches.
Moi aussi, j’ai commencé dans la vente ! Pas dans la prospection, chapeau ! Cela forme à gérer les gens, à se fixer des objectifs, à affronter le rejet, parfois avec des gens peu aimables, et à repartir de l’avant. J’adore.
Parlons maintenant de ton parcours vers la gestion de projet/programme. Tu as commencé dans la vente et finalement, tu as obtenu un poste de cheffe de projet. Mais comment as-tu fait pour décrocher un poste en gestion de projet sans expérience officielle ?
Jean Kang : Ah, la question à un million ! C'était à l'époque où j’étais Client Solutions Manager (CSM) chez Pinterest. Pinterest était alors une start-up assez jeune, avant IPO, toute l’équipe était multitâche. Même si j’avais un titre de CSM, je menais de nombreux projets d'équipe et travaillais avec des équipes transverses comme produit et ventes.
Une opportunité unique s’est présentée : mon manager m’a proposé de collaborer sur un important programme, pour migrer nos plus gros clients vers un nouveau produit. Gros projet, beaucoup d’inconnu, mais besoin d’agir rapidement.
Naturellement, je m’y suis investie, sans demander l’autorisation, et je me suis retrouvée en cheffe de projet (sans le titre officiel) de ce programme. J’ai profité de l’opportunité pour exercer les compétences de gestion de projet, telles que je les percevais. Construire un plan, obtenir l’adhésion, former l’équipe à de nouveaux process, coordonner des réunions, élaborer un plan de communication, mesurer, itérer, repérer les risques, tout cela s’est fait naturellement.
Ce qui m’a aidée, c’est la confiance acquise dans cette expérience. Cette confiance a permis à mon entourage professionnel et à moi-même de reconnaître mes aptitudes. Mon manager m’a dit : « Tu es une excellente cheffe de programme. » Cela m’a poussée à poursuivre ce chemin. Il n’y avait pas de poste correspondant en interne, mais j’ai alors cherché à l’externe, sachant que c’était la voie que je voulais.
Deux clés ont été déterminantes : la confiance que j’avais en moi et la capacité à valoriser mes compétences transférables. Pas besoin d’un titre, j’avais les expériences et les apprentissages, même imparfaits. Cela m’a permis de me démarquer lors des entretiens.
Galen Low : J’adore. Beaucoup de parcours de chefs de projets commencent ainsi : dire oui à ce qui fait peur. On ne vise pas une « carrière » au départ, mais il y a une occasion de prouver sa valeur. On s’investit, on propose un plan pour rendre sa candidature indispensable. Et le fait de prendre conscience qu’on fait déjà appel à des compétences de gestion de projet, même sans le titre, c’est parfois une révélation. On les a, on ne s’en rend pas forcément compte.
Certaines personnes ne se rendent pas compte qu’elles seraient de très bons chefs de projet — ce sont celles qui pensent aux risques, qui communiquent bien, qui organisent des points d’équipe, etc. Cette façon naturelle de faire correspond en réalité aux missions du chef de projet. J’imagine qu’il y a également eu pas mal d'apprentissage sur le terrain ensuite ?
Jean Kang : Oui, la courbe d'apprentissage a été raide, mais c'est l’état d’esprit qui compte : savoir s’accorder de la bienveillance, s’autoriser à ne pas tout maîtriser, être persévérante, demander de l’aide et progresser sur le terrain.
Galen Low : Parfait. Ce qui est intéressant, c’est que personne ne demande si tu sais construire une matrice RACI ou d’autres compétences techniques. Finalement, c’est un mélange de soft skills et de persévérance. Prendre des risques, apprendre en avançant, et garder le rythme — voilà l'essentiel.
Bien souvent, les gens ont déjà participé à des projets, même s’ils ne les dirigeaient pas. Quand j’ai fait ma demande PMP, il fallait prouver des années à piloter des projets, mais il s’agissait surtout de montrer son expérience en management de projets, avec ou sans le titre.
C’est un bon point de départ pour prendre confiance, pour se dire « oui, j’ai déjà fait ça en vente, ou comme CSM, et je peux m’en servir dans mon pitch ».
Allons un peu dans le concret. On a parlé de ton parcours, mais certains auditeurs se demandent si leur expérience, parfois très différente, peut vraiment servir. On a dans la communauté des personnes venant de tous horizons : enseignants Montessori, barmans, électriciens, etc., qui envisagent une reconversion en gestion de projet. Quels conseils leur donnerais-tu pour valoriser un parcours atypique ?
Jean Kang : Le premier exercice à faire, c'est déjà de bien comprendre le périmètre d’un chef de projet : c’est essentiel avant de s’engager. Ensuite, demandez-vous pourquoi vous voulez le devenir. Ces réflexions vous aideront à construire votre histoire pour répondre à la fameuse question : pourquoi passer de X à Y ? Il faut un argument bien plus fort que « le poste est sympa » ou « je veux un meilleur salaire ».
Quand votre motivation est claire, je vous conseille d’adopter le raisonnement « gestion de projet » : cherchez les exemples où vous avez managé des projets, même sans le titre, voyez comment vous avez fonctionné. Par exemple, une personne que j’ai accompagnée dans mon cours, initialement dans le recrutement RH, a pu faire son pivot car elle a réalisé qu’elle possédait déjà de nombreuses qualités requises.
Pour un enseignant, il faut penser à toutes les fois où il a fallu travailler avec différents interlocuteurs, organiser des événements, planifier, convaincre, coordonner. Beaucoup d’enseignants réussissent leur transition vers la gestion de projet. Pour cela, identifiez les occasions où vous avez obtenu des résultats mesurables. Ce n’est pas seulement le nombre de plans projet réalisés qui compte, mais l’impact de vos actions. Savoir raconter cette histoire fait toute la différence lors des entretiens.
C’est donc une question de motivation, de prise de conscience de ses compétences comportementales (soft skills) — qui priment sur les techniques (qu'on peut apprendre ensuite : matrice RACI, méthodes de décision, etc.). Il faut aussi savoir communiquer, gérer les conflits, valoriser vos succès, expliquer ce qui fait qu’il s’agissait bien d’un projet et quel rôle vous y avez joué. Si vous pouvez faire le lien avec les valeurs et objectifs de l’entreprise, c’est parfait.
Galen Low : J’adore cette logique du « pourquoi ». Pourquoi postuler à un tel poste ? Et aussi, pourquoi l'entreprise recrute-t-elle un chef de programme ? Que veut-elle en retirer ? J’aime comment tu relis cela aux valeurs et objectifs de l’organisation. C’est ce qui rend l’ensemble cohérent.
La gestion de projet est parfois source de malentendus : on en parle à un niveau superficiel, on accumule les diplômes, on pense devoir appliquer toutes les techniques d’un coup… Mais, ce qui compte c’est le résultat, le fait de travailler humainement ensemble, de comprendre le contexte business, d’apprendre vite, d’avancer sans tout maîtriser. C’est cette capacité d’adaptation et de progression constante qui fait la différence.
Jean Kang : Gestion de projet/programme, les postes sont proches, je suis d’accord.
Galen Low : C’est important de le préciser : les intitulés de poste sont ambiguës. Pour toi, la gestion de programme, c’est plusieurs projets rattachés à un programme qui sert un objectif stratégique, c’est bien cela ?
Jean Kang : Honnêtement oui, parfois je lève les yeux au ciel face aux multiples intitulés ! Mais dès qu’on pilote un projet, petit ou grand, on est un chef de projet.
Galen Low : C’est amusant, car dans tes contenus tu parles souvent de « transition vers la gestion de projet ou programme ». Parfois, on passe de la vision « un projet à livrer » à une vision plus large, focalisée sur l’impact et l’intégration dans l’écosystème plus global.
Pour beaucoup, la compétence clé d’un bon chef de programme, c’est vraiment la compréhension du métier, car chaque programme sert un objectif stratégique plus vaste. Se limiter à une vision « tâches à faire » ne suffit plus.
Ce que j’apprécie dans ta démarche, c’est que tu sembles avoir toujours compris que le projet fait partie d’un ensemble, ce n’est jamais qu’une opération isolée.
D’ailleurs, tu proposes un cours sur la transition vers la gestion de programme, c’est bien cela ?
Jean Kang : Oui, sur Maven, j’anime « Pivot to Program Management ». Ce cours s’adresse à ceux qui sont déjà chefs de projet, mais souhaitent valoriser leurs compétences transférables pour évoluer vers un rôle plus stratégique, la gestion de programme.
Galen Low : Toute la trajectoire ! Je reviens à une question parfois délicate. Ta marque repose aussi sur le fait qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir des certifications pour obtenir un poste de chef de projet. Par exemple, on entend souvent dire qu’il faut obligatoirement la PMP. Tu en es la preuve : tu as réussi sans. Quelle est ta position sur l’éducation formelle vs l’expérience pratique ?
Jean Kang : Sujet sensible ! La communauté a parfois des avis très tranchés. Pour moi, si tu veux apprendre et te perfectionner, toutes les formations et bootcamps sont bénéfiques, pas seulement en gestion de projet d’ailleurs.
Ceci dit, si ton objectif est uniquement d’évoluer et de réussir dans ce domaine, je ne pense pas qu’il soit indispensable d’avoir ces diplômes. Ce qui me paraît plus important, c’est l’apprentissage sur le terrain. Quelqu’un me disait un jour qu’entre un chef de projet certifié et un « accidentel » autodidacte, le second pouvait parfois mieux s’en sortir car les soft skills manquaient au premier malgré toutes ses connaissances techniques.
Chacun est différent. Certains réussissent avec les deux. J’ai toujours appris « sur le tas », en traitant chaque projet et chaque contexte comme un cas nouveau, ne craignant pas de remettre en question mes méthodes selon les environnements. C’est devenu mon petit secret : je pioche dans ma boîte à outils selon les besoins humains et organisationnels du moment.
Galen Low : On nous demande souvent ce qui différencie la gestion de projet digital de la gestion de projet classique. Ma réponse : c’est une variante du métier, pas un autre métier. Mais certains principes que tu évoques sont justement ceux qui ressortent constamment en digital : ne jamais croire tout savoir, s’adapter, travailler avec des équipes variées, changer de méthode au besoin.
Cela vaut sans doute pour tous les secteurs, mais dans le digital, c’est incontournable : la capacité d’apprendre vite, l’attention portée à la cohésion des équipes, la passion pour le résultat et l’impact.
Ceux qui réussissent ne sont pas ceux qui suivent une recette, mais ceux qui savent lire entre les lignes et emmener l’équipe d’un point A à un point B, même si le trajet n’est pas tout droit. C’est vraiment cela l’essence même de la gestion de projet.
Jean Kang : Je suis d’accord. C’est même devenu une compétence de vie : c’est ma façon d’aborder les choses dans la vie aussi.
Galen Low : Oui, je me demandais si ce n’était pas valable ailleurs que dans la gestion de projets ! La réponse : oui, aujourd’hui plus que jamais. Face à toutes ces connaissances à acquérir, cette adaptabilité est la plus grande ressource.
Pour finir, une dernière question : si tu pouvais recommencer, referais-tu tous ces pivots ou choisirais-tu de t’investir plus longtemps dans un même poste ou une seule entreprise ?
Jean Kang : J’espère que ce n’est pas une réponse de Normand mais, non, je ne regrette aucun de ces pivots. Je déteste regretter car chaque expérience est une leçon. Et il faut savoir que parfois, on change de voie non par choix, mais par obligation : besoin d’un nouvel emploi, ou nécessité de quitter un poste suite à des circonstances de vie. Cela forge le caractère, nous oblige à renoncer à certaines choses, à faire des choix difficiles, dans la vie comme en gestion de projet. Donc, vraiment, aucun regret.
Galen Low : Pas du tout une réponse facile pour moi. J’aime cette philosophie. Grandir, c’est aussi savoir partir des situations où l’on souffre juste parce que c’est la norme, ce n’est peut-être pas le mieux. On perd beaucoup de temps en restant trop longtemps dans la mauvais poste. Le vrai parcours, ce n’est pas juste « études, CDI, y rester cinq ans », mais aussi savoir pivoter et ne pas suivre la sagesse conventionnelle à tout prix.
Jean Kang : Je suis d’accord. Et, petit bonus : parfois, je ne savais pas si mon prochain move était le bon, il y a toujours de l’incertitude, mais il faut croire en soi. Même si ça ne marche pas, il faut avoir confiance qu’on saura rebondir. J’avais cette confiance en moi, sans doute grâce à mon entourage, et c’est ce qui m’a permis d’oser. Le pire est bien souvent dans la tête.
Galen Low : J’aime voir ce mélange entre confiance et acceptation de l’imprévu : croire qu’on saura gérer l’ambiguïté et compter sur soi-même.
Jean Kang : Exactement. Si tu penses pouvoir le faire, tu y arriveras. Sinon, le récit qu’on se fait devient auto-réalisateur. Je crois que l’état d’esprit compte énormément.
Galen Low : C’est la mentalité du chef de projet !
Super. Jean, merci beaucoup d’avoir été parmi nous aujourd’hui. C’était un plaisir. Avant de se quitter, comment peut-on en savoir plus sur toi et as-tu des projets qui pourraient intéresser nos auditeurs ?
Jean Kang : Merci pour cette question. Je suis très active sur LinkedIn : n'hésitez pas à me suivre, me contacter ou venir discuter en message privé, la porte est ouverte ! Je viens de sortir une nouvelle formation LinkedIn Learning, destinée à tous ceux qui gèrent des projets, sans besoin de titre spécifique. Cette formation est axée sur la dimension comportementale du management de projet.
Galen Low : Super. Je récupérerai le lien pour les notes de l’épisode et j’irai probablement voir aussi. C'est une thématique qui mérite à elle seule un épisode. Je pourrais te recontacter… Merci ! Et oui, j’ajouterai ton profil LinkedIn : prépare-toi à recevoir des messages sur tes pivots !
Jean Kang : Génial. Merci pour l’invitation.
Galen Low : Merci d’avoir été là.
Merci à tous pour votre écoute. Comme toujours, si vous souhaitez rejoindre une communauté de plus d’un millier de passionnés de gestion de projet, venez nous rejoindre ! Retrouvez-nous sur thedigitalprojectmanager.com/membership pour en savoir plus. Et si vous avez aimé cet épisode, abonnez-vous ou rendez-vous sur thedigitalprojectmanager.com.
À très bientôt et merci pour votre écoute.
